L’essentiel
- La Cour constitutionnelle a confirmé, à l’unanimité des voix, que la plainte contre une décision de classement sans suite est jugée uniquement sur la base du dossier de l’enquête pénale et des pièces écrites nouvelles. Le juge de la chambre préliminaire n’entend pas de témoins et n’administre pas les autres moyens de preuve du procès.
- A également été déclaré conforme à la Constitution le filtre que les juridictions appliquent avant de renvoyer une exception à la Cour : l’exigence que le texte critiqué ait un lien avec la solution du litige est suffisamment claire, dit la Cour, et son sens ressort de sa propre jurisprudence.
- La critique visant la manière dont l’Office national pour la prévention et la lutte contre le blanchiment d’argent a fourni des informations utilisées comme preuves a été rejetée comme irrecevable : il s’agit d’une question d’application de la loi par les organes judiciaires, non de constitutionnalité.
Publié : Journal officiel de la Roumanie (Monitorul Oficial) n° 625 du 29 juillet 2026
Entrée en vigueur : 29 juillet 2026
Si le procureur classe votre dossier sans suite et que vous attaquez cette décision devant le tribunal, le juge n’entendra pas vos témoins et n’ordonnera pas d’expertise : il examinera le dossier de l’enquête pénale et toute pièce écrite nouvelle que vous déposez. La Cour constitutionnelle a confirmé cette limitation par la Décision n° 116 du 12 février 2026, publiée au Journal officiel de la Roumanie n° 625 du 29 juillet 2026, et a rejeté les critiques adressées à cette règle. C’est la même ligne que la Cour a suivie lorsqu’elle a établi que le mécontentement face à la manière dont les juridictions appliquent une norme ne se règle pas par une exception d’inconstitutionnalité.
Le dispositif de la décision comporte deux points. L’exception concernant les art. 7 et 8 de la Loi n° 656/2002 pour la prévention et la sanction du blanchiment d’argent a été rejetée comme irrecevable. L’exception concernant l’art. 29 al. (1), s’agissant de l’expression « qui a un lien avec la solution du litige », et l’al. (5) première thèse de la Loi n° 47/1992, ainsi que l’art. 341 al. (51) du Code de procédure pénale, dans sa rédaction antérieure à la Loi n° 201/2023, a été rejetée comme non fondée, les trois textes étant déclarés conformes à la Constitution. Les deux solutions ont été prononcées à l’unanimité des voix.
L’exception a été soulevée par Ioana Sfîrăială dans le dossier n° 1.004/2/2020 de la Cour d’appel de Bucarest, deuxième chambre pénale, dans une affaire ayant pour objet une plainte formée contre une décision de classement sans suite et la contestation du rejet d’une demande de récusation du procureur. La plainte de l’auteure avait d’ailleurs été accueillie par la juridiction.
Les effets concrets
Le premier effet concerne la procédure devant la chambre préliminaire. Le texte confirmé prévoit que le juge, statuant sur la plainte, vérifie la décision attaquée sur la base des actes et du matériel du dossier de l’enquête pénale et de toutes pièces écrites nouvelles présentées. L’ensemble de l’arsenal probatoire prévu par l’art. 97 du Code de procédure pénale n’est donc pas administré. La Cour explique pourquoi : la plainte n’équivaut pas au jugement proprement dit de l’affaire pénale, mais à un examen de l’ordonnance du procureur sous l’angle de sa légalité.
Le deuxième effet est la définition de ce que le juge peut malgré tout faire. La Cour souligne que, quelle que soit la solution prononcée, le juge de la chambre préliminaire apprécie également les preuves administrées dans le dossier de l’enquête pénale, y compris sous l’angle de leur caractère suffisant ou non pour fonder la solution de l’organe d’enquête pénale. La limitation vise les moyens de preuve nouveaux, non l’analyse de ceux qui existent déjà.
Le troisième effet tient aux garanties qui demeurent. Le requérant est cité, peut déposer des conclusions écrites, peut démontrer l’illégalité de la décision attaquée par référence au matériel du dossier et aux pièces écrites nouvelles, peut formuler des demandes et soulever des exceptions portant sur la légalité de l’administration des preuves ou du déroulement de la poursuite pénale, dans la mesure où l’action pénale a été mise en mouvement. En outre, dans l’hypothèse de l’art. 341 al. (7) pt 2 lettre c), le procureur et l’inculpé peuvent former une contestation motivée, tranchée avec la participation des parties.
Le quatrième effet concerne le filtre de recevabilité que les juridictions appliquent au quotidien. L’exigence que le texte critiqué ait un lien avec la solution du litige reste en vigueur, et la Cour en confirme la clarté. Elle suppose deux conditions cumulatives : le texte doit être applicable dans l’affaire soumise au juge et l’invocation de l’exception doit servir au rétablissement de la légalité. La Cour ajoute un critère pratique : l’applicabilité ne s’analyse pas in abstracto, mais à l’aune de l’intérêt procédural réel et personnel de l’auteur.
Le cinquième effet est la délimitation des compétences. La manière dont les organes judiciaires ont utilisé les informations transmises par l’Office national pour la prévention et la lutte contre le blanchiment d’argent ne peut pas être censurée par la Cour constitutionnelle. Les textes critiqués, observe la Cour, ne prévoient même pas que ces informations constituent des moyens de preuve dans le procès pénal. Répondre à une telle critique reviendrait à une ingérence dans l’activité de jugement, contraire à l’art. 126 de la Constitution. L’art. 340 est revenu devant la Cour en septembre 2026, à l’autre bout de la même procédure : le refus de rouvrir un dossier classé n’arrive devant aucun juge, et cela a été jugé constitutionnel.
Ce qui change par rapport à la situation antérieure
Au niveau des normes, rien. La décision rejette toutes les critiques : aucun texte ne sort de vigueur et aucun ne change de sens. Ce qui change, c’est l’état d’incertitude : les mêmes arguments ne pourront plus être repris avec succès dans d’autres dossiers.
La situation juridique autour des textes analysés est toutefois inhabituelle, et la décision la clarifie. La Loi n° 656/2002 avait déjà été abrogée par la Loi n° 129/2019 au moment où l’exception a été soulevée, et l’art. 341 al. (51) du Code de procédure pénale a été modifié, après la saisine de la Cour, par la Loi n° 201/2023. La Cour s’est néanmoins prononcée à leur sujet, en invoquant la Décision n° 766 du 15 juin 2011 : le contrôle de constitutionnalité s’exerce aussi sur les dispositions dont les effets juridiques continuent de se produire après leur sortie de vigueur.
Sur le fond, la décision s’inscrit dans une ligne jurisprudentielle déjà constituée. La solution reprend la Décision n° 516 du 15 juillet 2021 pour la limitation des moyens de preuve, la Décision n° 635 du 7 novembre 2024 sur la même question et la Décision n° 301 du 18 juin 2024 pour la condition du lien avec la solution du litige. La Cour constate expressément qu’aucun élément nouveau n’est intervenu qui justifierait un revirement de jurisprudence.
Avantages et inconvénients
Ce que cela améliore
- Confirme une procédure rapide : la plainte contre le classement sans suite est tranchée sur pièces, sans reprise d’une enquête devant le juge.
- Précise que le juge de la chambre préliminaire peut apprécier si les preuves réunies par le procureur sont suffisantes : le contrôle n’est donc pas purement formel.
- Laisse ouverte la voie des pièces écrites nouvelles, seul élément de preuve que le requérant peut ajouter après le classement sans suite.
- Clarifie, pour les avocats et les juridictions, les deux conditions cumulatives du lien de l’exception avec la solution du litige, avec le critère supplémentaire de l’intérêt procédural réel.
- Réaffirme la frontière entre le contrôle de constitutionnalité et le jugement au fond, ce qui protège l’indépendance des juridictions.
Ce qui reste problématique
- Le requérant qui a besoin d’un témoin ou d’une expertise pour montrer que la décision de classement sans suite est erronée ne peut pas les obtenir dans cette procédure.
- La critique portant sur l’utilisation des informations de l’Office national pour la prévention et la lutte contre le blanchiment d’argent n’a pas reçu de réponse au fond : elle a été renvoyée devant la juridiction de jugement.
- Le filtre du « lien avec la solution du litige » reste une appréciation du juge, et le refus de saisir la Cour ne peut être contesté qu’avec le fond.
- La décision porte sur la rédaction antérieure à la Loi n° 201/2023 : elle ne tranche donc pas directement les discussions sur la forme actuelle du texte.
- Entre le moment où l’exception a été soulevée, en février 2021, et la publication de la décision, en juillet 2026, plus de cinq ans se sont écoulés, un intervalle pendant lequel les deux textes analysés avaient déjà été modifiés par le législateur.
Conseils pratiques
- Rassemblez les pièces écrites avant de formuler la plainte. Elles sont le seul élément de preuve nouveau que le juge de la chambre préliminaire peut recevoir.
- Construisez vos arguments sur l’illégalité, non sur la reprise de l’enquête. La procédure vérifie la légalité de l’ordonnance du procureur, non la culpabilité au fond.
- Déposez des conclusions écrites. La Cour les énumère expressément parmi les garanties qui assurent le caractère équitable de cette procédure.
- Soulevez les exceptions portant sur la légalité des preuves si l’action pénale a été mise en mouvement dans l’affaire. Les preuves exclues ne peuvent plus être prises en compte lors du jugement au fond.
- Si vous voulez soulever une exception d’inconstitutionnalité, démontrez votre intérêt concret. La Cour exige que l’admission de l’exception soit de nature à modifier votre situation dans ce dossier, et non seulement celle d’autres personnes.
- Ne confondez pas la mauvaise application de la loi avec son inconstitutionnalité. Le mécontentement face à la manière dont le procureur ou la juridiction a utilisé une preuve se règle par les voies de recours ordinaires.
- Vérifiez la rédaction du texte applicable à votre cas. L’art. 341 al. (51) a été modifié par la Loi n° 201/2023, et la décision porte sur la forme antérieure.
Questions fréquentes
Qu’a décidé la Cour constitutionnelle par la Décision n° 116/2026 ?
Quelles preuves peuvent être utilisées dans la plainte contre la décision de classement sans suite ?
Pourquoi ne peut-on pas entendre de témoins dans cette procédure ?
Le juge peut-il dire que les preuves réunies par le procureur sont insuffisantes ?
Que signifie la condition selon laquelle le texte critiqué doit avoir un lien avec la solution du litige ?
Pourquoi la Cour s’est-elle prononcée sur des textes qui n’étaient plus en vigueur ?
À partir de quand la décision produit-elle des effets ?
Texte original de l’acte normatif
Le texte ci-dessous est reproduit en roumain, la forme officielle de publication.
Le texte intégral, tel que publié au Journal officiel de la Roumanie
Journal officiel de la Roumanie n° 625 du 29 juillet 2026 32 pages PDF, 269 KB l'acte commence à la page 2
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Cet article a un caractère purement informatif et ne constitue pas un conseil juridique. Pour des situations concrètes, consultez un avocat ou un conseiller fiscal agréé.
