L’essentiel

  • La Cour constitutionnelle de Roumanie a rejeté la saisine du président de la Roumanie et a maintenu la loi qui fixe, pour 2026, un quota de 859 ours bruns au niveau de prévention et 110 au niveau d’intervention, soit 969 spécimens au total.
  • La décision a été prise à la majorité des voix, et non à l’unanimité, et deux juges ont signé une opinion dissidente dans laquelle ils soutiennent que la loi a été adoptée sans études démontrant que les mesures alternatives ne fonctionnent pas, une condition exigée par la directive Habitats.
  • La loi apporte aussi de nouvelles limites : il est interdit d’abattre les femelles accompagnées de petits de moins de 2 ans et de prélever le quota de prévention sur les territoires où la chasse est interdite. À partir de 2028, les quotas ne seront plus fixés par la loi, mais par arrêté ministériel, sur la base de l’étude génétique.
Acte : Décision CCR n° 733/2026
Publié : Journal officiel de la Roumanie (Monitorul Oficial) n° 630 du 30 juillet 2026
En vigueur depuis : 30 juillet 2026

La loi qui autorise le prélèvement de 969 ours bruns en 2026 est conforme à la Constitution. La Cour constitutionnelle de Roumanie a rejeté comme non fondée la saisine en inconstitutionnalité (contrôle a priori) formée par le président de la Roumanie contre la loi modifiant l’ordonnance d’urgence du gouvernement n° 81/2021, par la décision n° 733 du 24 juin 2026, publiée au Journal officiel de la Roumanie n° 630 du 30 juillet 2026. C’est la deuxième fois cet été que la Cour valide une loi environnementale contestée, après avoir jugé que la loi sur les centrales hydroélectriques dans les aires naturelles protégées est constitutionnelle.

L’enjeu est l’un des plus disputés de ces dernières années. L’ours brun est une espèce strictement protégée par la directive 92/43/CEE, connue sous le nom de « directive Habitats », et la Roumanie abrite la plus grande population de l’Union européenne. Les initiateurs de la loi ont invoqué le fait que le nombre de spécimens a dépassé le seuil de 4 000, considéré par les spécialistes comme optimal, et que les incidents et les dégâts se sont multipliés. Les organisations de défense de l’environnement et le président ont soutenu que l’État n’a pas démontré que les solutions alternatives plus douces avaient été épuisées.

La loi a été adoptée par le Sénat, en qualité de première chambre saisie, le 18 mars 2026, et par la Chambre des députés, en tant que chambre décisionnelle, le 22 avril 2026. Elle a été transmise pour promulgation le 4 mai, et le président a saisi la Cour le 21 mai, dans le délai de 20 jours prévu par l’article 77 alinéa (1) de la Constitution. Des mémoires amicus curiae ont également été versés au dossier.

Les effets concrets

Le premier effet est le déblocage de la promulgation. Une saisine rejetée signifie que le président est tenu de promulguer la loi, laquelle entre dans le circuit normal de publication et d’application. La décision de la Cour est définitive et généralement obligatoire à compter de sa publication.

Le deuxième effet, c’est le chiffre lui-même. Pour 2026 sont approuvés 859 spécimens qui représentent le niveau de prévention à l’échelle nationale et 110 spécimens qui représentent le niveau d’intervention. La répartition du quota de prévention par départements et par fonds cynégétiques se fait conformément à l’annexe n° 5, remplacée par l’annexe de la nouvelle loi.

Le troisième effet concerne la question de savoir qui peut tirer et comment. Les spécimens relevant du quota de prévention peuvent être prélevés jusqu’au 31 décembre 2026 par des chasseurs, sous la coordination du personnel technique spécialisé employé par le gestionnaire, selon les méthodes de chasse admises par la loi n° 407/2006. Les spécimens relevant du quota d’intervention peuvent être prélevés, également jusqu’au 31 décembre 2026, uniquement par le personnel technique spécialisé du gestionnaire et seulement à l’affût et à l’approche.

Le quatrième effet consiste en un ensemble de règles de sélection, conçues pour assurer l’équilibre entre les âges et les sexes et pour protéger les spécimens dominants. Sur les fonds cynégétiques dont le niveau de prévention est de deux ou trois spécimens, au moins un spécimen dont la fourrure ne dépasse pas 400 points C.I.C. doit être prélevé. Sur ceux dont le niveau est de quatre ou cinq spécimens, au moins deux. Si ces conditions ne sont pas respectées, la fourrure et le crâne sont remis à la structure territoriale de la Garde forestière nationale et deviennent propriété privée de l’État.

Le cinquième effet porte sur l’horizon temporel. Les règles des articles 3^1 à 3^5 s’appliquent de manière correspondante en 2027 également. À partir de 2028, le nombre de spécimens et la répartition par départements et par fonds cynégétiques ne sont plus fixés par la loi, mais par arrêté du dirigeant de l’autorité publique centrale responsable de la chasse, au plus tard le 15 mai de chaque année, sur la base de l’étude portant sur l’analyse des échantillons génétiques.

Le sixième effet est un effet de précédent. La Cour a admis que la directive Habitats peut servir de norme de référence dans le contrôle de constitutionnalité, par le biais de l’article 148 de la Constitution, rapporté au droit à un environnement sain de l’article 35 et à l’obligation de l’État de protéger l’environnement prévue à l’article 135 alinéa (2) lettre e). Elle a toutefois considéré que la loi passe ce test.

Ce qui change par rapport à la situation antérieure

L’ordonnance d’urgence du gouvernement n° 81/2021, publiée au Journal officiel de la Roumanie n° 732 du 26 juillet 2021 et approuvée avec modifications par la loi n° 197/2022, avait déjà instauré le mécanisme des deux niveaux, celui de prévention et celui d’intervention. La loi validée aujourd’hui actualise les chiffres pour 2026 et, surtout, ajoute des limites qui ne figuraient pas auparavant dans le texte.

La plus claire est l’interdiction de prélever des femelles accompagnées de petits âgés de moins de 2 ans. C’est une règle de conservation élémentaire, qui manquait à la lettre de la loi et qui était laissée à la pratique.

La deuxième limite nouvelle interdit le prélèvement du quota de prévention sur les territoires où la chasse est interdite en vertu de la loi n° 407/2006. Le président a critiqué précisément ce point, en soutenant que si l’annexe conserve des fonds cynégétiques qui englobent des zones interdites, alors le chiffre de 859 est mal fondé. La Cour a répondu que le texte est suffisamment clair, car il se lit conjointement avec l’article 17 alinéa (2^2) de la loi n° 407/2006, selon lequel les plans de gestion cynégétique sont corrélés avec les plans des aires protégées.

Le troisième changement concerne le régime des trophées. Lorsque les conditions de sélection ne sont pas respectées, la fourrure et le crâne ne restent plus au gestionnaire, mais passent dans la propriété privée de l’État, et le gestionnaire ne paie plus le tarif prévu pour les crânes. C’est une sanction patrimoniale qui décourage le prélèvement des grands spécimens, ceux qui ont une valeur de trophée.

Le quatrième changement est le passage, à partir de 2028, de la loi à l’arrêté ministériel. C’est exactement ce que contestent les juges qui ont signé l’opinion dissidente : si, à partir de 2028, la répartition se fait par voie administrative, sur la base d’une étude génétique, alors la fixation des quotas par la loi pour 2026 et 2027 ressemble, selon eux, à une opération technico-administrative habillée en forme de loi.

L’opinion dissidente va plus loin. Elle soutient que la loi ne passe pas le test de l’absence d’une alternative satisfaisante, exigé de manière cumulative par l’article 16 de la directive Habitats. Les initiateurs ont invoqué les clôtures électriques, les conteneurs anti-ours et l’information de la population, en affirmant que ces mesures ne compensent pas la surpopulation, mais, souligne l’opinion, ni le législateur ni le juge constitutionnel n’ont disposé de données concrètes ou d’études d’impact susceptibles d’étayer cette conclusion. L’exposé des motifs passe en revue les incidents survenus, mais n’évalue pas l’effet des mesures alternatives.

Avantages et inconvénients

Ce que cela améliore

  • Débloque une loi attendue par les communautés des zones de montagne, où les attaques et les dégâts sont devenus un problème courant de sécurité publique.
  • Inscrit dans le texte l’interdiction de prélever des femelles avec des petits de moins de 2 ans, une garantie de conservation qui manquait jusqu’ici dans la loi.
  • Interdit expressément le prélèvement du quota de prévention là où la chasse est de toute façon interdite, ce qui protège les zones sensibles.
  • Décourage la chasse aux trophées par la règle des points C.I.C. et par le transfert de la fourrure et du crâne dans la propriété de l’État lorsque les règles ne sont pas respectées.
  • Place la décision, à partir de 2028, sur des bases scientifiques : un arrêté ministériel fondé sur l’étude d’analyse des échantillons génétiques, avec une échéance fixe, le 15 mai de chaque année.
  • Confirme que la directive Habitats peut être utilisée comme norme de référence dans le contrôle de constitutionnalité, ce qui renforce la protection de l’environnement pour l’avenir.

Ce qui reste problématique

  • La décision n’a pas été prise à l’unanimité. L’opinion dissidente montre qu’il manque les données concrètes et les études d’impact qui démontreraient que les alternatives préventives ne fonctionnent pas, une condition exigée de manière cumulative par la directive Habitats.
  • La fixation par la loi de quotas par départements et par fonds cynégétiques prive les personnes concernées des garanties procédurales du droit de l’Union européenne : un arrêté administratif peut être attaqué devant le juge du contentieux, une loi non.
  • La validation au niveau constitutionnel ne clôt pas le sujet au niveau européen. La Commission européenne peut ouvrir à tout moment une procédure d’infraction si elle estime que la dérogation ne respecte pas l’article 16 de la directive Habitats.
  • Le chiffre de 4 000 spécimens, invoqué comme seuil optimal, n’est étayé par aucun élément présenté dans le texte de la loi, et l’étude génétique ne devient obligatoire qu’à partir de 2028.
  • Les règles de sélection ne s’appliquent qu’aux fonds comptant de deux à cinq spécimens. Pour les fonds avec un seul spécimen ou avec plus de cinq, il n’existe pas de critère équivalent.
  • Les quotas pour 2027 sont repris automatiquement, par renvoi, sans réévaluation de la situation sur le terrain à la fin de 2026.

Conseils pratiques

  1. Si vous habitez dans une zone à ours, consultez l’annexe de la loi. La répartition se fait par départements et par fonds cynégétiques, vous pouvez donc savoir combien de spécimens reviennent à votre zone et qui en est le gestionnaire responsable.
  2. Ne confondez pas les deux niveaux. Le quota de prévention est prélevé par des chasseurs, selon les méthodes de chasse admises. Le quota d’intervention est prélevé uniquement par le personnel technique du gestionnaire, seulement à l’affût et à l’approche, pour des situations concrètes de danger.
  3. Si vous avez subi des dégâts causés par un ours, conservez les preuves. Le constat du dommage reste la procédure qui justifie l’intervention et l’éventuelle indemnisation, indépendamment du quota annuel.
  4. En tant que gestionnaire de fonds cynégétique, attention à la règle des points C.I.C. Le non-respect des conditions de sélection vous laisse sans la fourrure et sans le crâne, l’une et l’autre passant dans la propriété privée de l’État.
  5. Retenez les interdictions absolues : les femelles accompagnées de petits de moins de 2 ans ne sont pas prélevées, et le quota de prévention n’est pas prélevé sur les territoires où la chasse est interdite par la loi n° 407/2006.
  6. Si vous suivez le sujet sous l’angle de la protection de l’environnement, le prochain point d’intérêt est l’année 2028, quand le nombre de spécimens sera fixé par arrêté ministériel, un acte administratif qui peut être attaqué devant le contentieux administratif.
  7. Lisez aussi l’opinion dissidente, publiée dans le même Journal officiel de la Roumanie. Elle contient l’argument juridique sur lequel s’appuieront très probablement les contestations futures, y compris celles au niveau européen.

Questions fréquentes

Qu’a décidé la Cour constitutionnelle ?
Elle a rejeté comme non fondée la saisine en inconstitutionnalité formée par le président de la Roumanie et a constaté que la loi modifiant l’ordonnance d’urgence du gouvernement n° 81/2021 est constitutionnelle au regard des critiques formulées. La décision a été prise à la majorité des voix et elle est accompagnée d’une opinion dissidente.
Combien d’ours peuvent être prélevés en 2026 ?
969 au total : 859 spécimens représentant le niveau de prévention à l’échelle nationale et 110 spécimens représentant le niveau d’intervention. La répartition du quota de prévention par départements et par fonds cynégétiques se fait conformément à l’annexe n° 5, remplacée par l’annexe de la loi.
Jusqu’à quelle date les spécimens peuvent-ils être prélevés ?
Jusqu’au 31 décembre 2026, aussi bien pour le quota de prévention que pour celui d’intervention.
Quelle est la différence entre le niveau de prévention et le niveau d’intervention ?
Le quota de prévention est prélevé par des chasseurs, sous la coordination du personnel technique spécialisé du gestionnaire, selon les méthodes de chasse admises par la loi n° 407/2006. Le quota d’intervention est prélevé exclusivement par le personnel technique spécialisé du gestionnaire et seulement à l’affût et à l’approche.
Qu’advient-il des femelles avec des petits ?
Le prélèvement des femelles accompagnées de petits âgés de moins de 2 ans est interdit. Il s’agit d’une interdiction nouvelle, introduite expressément par la loi validée par la Cour.
Pourquoi le président a-t-il contesté la loi ?
Il a invoqué, entre autres, la violation de l’article 148 de la Constitution par rapport à la directive Habitats, la qualité de la loi, la séparation des pouvoirs et le droit à un environnement sain, en soutenant que la fixation par la loi de quotas fixes ne remplit pas les conditions cumulatives de dérogation de l’article 16 de la directive et que le chiffre de 859 est fondé de manière erronée, dès lors que l’annexe comprend des fonds cynégétiques avec des zones où la chasse est interdite.
Que dit l’opinion dissidente ?
Que la saisine aurait dû être admise, parce que ni le législateur ni la Cour n’ont disposé de données concrètes, pertinentes et suffisantes, provenant éventuellement d’études d’impact, montrant que les alternatives préventives ne fonctionnent pas, une condition exigée par la directive Habitats. Elle soutient également que la loi est, en réalité, une opération technico-administrative de répartition de quotas, qui prive ses destinataires des garanties procédurales du droit de l’Union européenne.
Que se passe-t-il après 2027 ?
Les règles des articles 3^1 à 3^5 s’appliquent de manière correspondante en 2027 également. À partir de 2028, le nombre de spécimens et la répartition par départements et par fonds cynégétiques sont fixés au plus tard le 15 mai de chaque année, par arrêté du dirigeant de l’autorité publique centrale responsable de la chasse, sur la base de l’étude portant sur l’analyse des échantillons génétiques.
La décision clôt-elle définitivement le débat juridique ?
Elle clôt le contrôle de constitutionnalité interne sur cette loi, contrôle qui est définitif et généralement obligatoire. Elle n’empêche toutefois ni une procédure au niveau de l’Union européenne concernant le respect de la directive Habitats, ni la contestation, devant le contentieux administratif, des actes administratifs pris en application de la loi.
L’ours brun reste-t-il une espèce protégée ?
Oui. Le régime de protection stricte de la directive Habitats est maintenu, et le prélèvement se fait par dérogation, dans les conditions de l’article 16 de la directive, qui exige des motifs spécifiques, l’absence d’une alternative satisfaisante et le maintien de la population dans un état de conservation favorable.

Texte original de l’acte normatif

Le texte ci-dessous est reproduit en roumain, la forme officielle de publication.

Le texte intégral, tel que publié au Journal officiel de la Roumanie

Journal officiel de la Roumanie n° 630 du 30 juillet 2026 32 pages PDF, 203 KB l'acte commence à la page 11

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Cet article a un caractère purement informatif et ne constitue pas un conseil juridique. Pour des situations concrètes, consultez un avocat ou un conseiller fiscal agréé.