L’essentiel
- La Haute Cour a rejeté comme irrecevable la question posée par une cour d’appel sur le sort des normes de rémunération de 2016 après l’entrée en vigueur de la loi-cadre de 2017.
- Le motif ne tient pas au fond : la Cour estime que la question était formulée de manière ambiguë et que, par elle, la juridiction qui juge l’affaire transférait vers le haut sa propre tâche, celle d’identifier la question de droit.
- Même si la solution est une irrecevabilité, les motifs restent contraignants. Les juridictions qui tranchent des litiges de rémunération sur les mêmes textes disposent désormais de repères, non d’une réponse.
Publié : Journal officiel de la Roumanie (Monitorul Oficial) n° 714 du 27 août 2026
Rendue le : 22 juin 2026
Lorsque le juge demande à la juridiction suprême de lui dire quelle est la question de droit de son propre dossier, la réponse est que cela ne se peut pas. Telle est la conclusion de la décision n° 79 du 22 juin 2026 de la Haute Cour de cassation et de justice, Formation pour la résolution de questions de droit, publiée au Journal officiel de la Roumanie n° 714 du 27 août 2026. C’est la deuxième décision de cet été par laquelle la juridiction suprême tranche une question liée à la rémunération du personnel payé sur fonds publics, après celle qui portait sur la reprise du paiement de la pension d’une fonctionnaire.
La saisine émanait de la cour d’appel de Craiova, section du contentieux administratif et fiscal, dans un dossier ouvert en 2023. La question était de savoir si la Décision du Gouvernement n° 582/2016, qui avait approuvé les normes méthodologiques d’application des articles 3^1, paragraphes (2), (3) et (8), 3^3 et 3^4 de l’ordonnance d’urgence du gouvernement n° 57/2015 sur la rémunération du personnel payé sur fonds publics, avait ou non continué à produire des effets juridiques après l’entrée en vigueur de la loi-cadre n° 153/2017.
La formation était présidée par la vice-présidente de la Haute Cour, et la décision porte une mention inhabituelle : pour la juge qui a présidé l’audience, déchargée de ses fonctions par départ à la retraite entre le prononcé et la rédaction, c’est le président en exercice qui signe.
La même formation a rendu la même solution sur la saisine relative aux heures supplémentaires des pompiers: la décision n° 78/2026, également irrecevable, également faute de difficulté motivée.
Les effets concrets
Le premier effet est que la question reste sans réponse de principe. Les juridictions qui jugent des litiges sur les mêmes textes décideront chacune, dans son affaire, si les normes de 2016 ont survécu à la loi-cadre de 2017. Le mécanisme de la décision préalable, cette saisine interne prévue aux articles 519 à 521 du Code de procédure civile, qu’il ne faut pas confondre avec le renvoi préjudiciel devant la Cour de justice de l’Union européenne, n’a pas produit l’unification que la saisine recherchait.
Le deuxième effet est moins visible, mais plus important en pratique. La Cour rappelle que les décisions d’irrecevabilité ne sont pas du papier blanc : comme tout acte juridictionnel, elles bénéficient de l’autorité de la chose jugée quant aux motifs qui soutiennent et explicitent la solution. Le juge qui lit cette décision reçoit donc des repères contraignants sur ce qui n’est pas une véritable question de droit.
Le troisième effet est une ligne tracée entre le rôle de la juridiction du fond et celui de la juridiction suprême. La Cour affirme que la formulation ambiguë de la saisine laisse entrevoir que l’identification même de la question de droit pertinente pour la solution de l’affaire était transférée à la juridiction suprême. Or l’intervention de la juridiction suprême ne saurait se transformer en un mécanisme indirect de suppression du rôle de la juridiction légalement saisie.
Le quatrième effet tient au seuil de difficulté. La Cour reprend le critère issu de sa jurisprudence : la question de droit doit soulever des difficultés sérieuses, de nature à empêcher le prononcé de la solution, et non de simples obstacles que le juge de l’affaire peut lever par une réflexion plus approfondie. Or, en l’espèce, dit la Cour, c’est précisément à l’ordonnance de saisine que cette réflexion faisait défaut.
Le cinquième effet est méthodologique. L’appréciation de la difficulté d’une question de droit ne peut se faire isolément : il est tenu compte aussi des solutions déjà données par la juridiction suprême sur des questions semblables, qui offrent des repères d’interprétation, y compris par des motifs de principe.
Ce qui change par rapport à la situation antérieure
Sur le fond, rien. La situation juridique de la Décision du Gouvernement n° 582/2016 après l’entrée en vigueur de la loi-cadre n° 153/2017 reste exactement là où elle était avant la saisine : une question que chaque juridiction résout dans son affaire.
Sur la procédure, la décision ajoute un précédent à la construction que la juridiction suprême mène depuis des années autour de la recevabilité de la décision préalable. Elle cite à cet égard ses propres décisions de 2018, 2021 et 2023, et sa contribution propre est la formule sur le transfert de l’identification de la question de droit, qu’elle qualifie d’irrecevable.
Le troisième point à retenir est le fondement procédural invoqué. La Cour rapporte son analyse non seulement aux articles 519 et 520 du Code de procédure civile, mais aussi à l’ordonnance d’urgence du gouvernement n° 62/2024, signe que le régime de la recevabilité des saisines a été modifié entre-temps.
Avantages et inconvénients
Ce que cela améliore
- Elle protège le rôle du juge du fond : identifier la question de droit de son propre dossier reste sa tâche, non celle de la juridiction suprême.
- Elle confirme expressément que les solutions d’irrecevabilité produisent des effets contraignants par leurs motifs, et ne sont donc pas du temps perdu.
- Elle rappelle un critère vérifiable : la difficulté doit empêcher le prononcé de la solution, pas seulement le compliquer.
- Elle relie l’appréciation de la difficulté à la jurisprudence antérieure, ce qui décourage les saisines sur des questions déjà éclaircies.
- La motivation est ample et cite ses sources, elle peut donc servir de repère à quiconque prépare une saisine.
Ce qui reste problématique
- La question de fond, le sort des normes de 2016 après la loi-cadre de 2017, reste non résolue au niveau des principes.
- Les litiges de rémunération fondés sur ces textes peuvent continuer à recevoir des solutions différentes d’une juridiction à l’autre.
- Le dossier qui a donné lieu à la saisine est resté en attente de 2023 à 2026, et il revient maintenant devant la juridiction du fond sans réponse.
- Le critère des « difficultés sérieuses » reste, par sa nature même, apprécié au cas par cas.
- Le reproche de formulation ambiguë ne s’accompagne d’aucun modèle de formulation correcte, la leçon s’apprend donc par le rejet.
Conseils pratiques
- Si vous êtes partie à un litige de rémunération fondé sur les normes de 2016, n’attendez pas d’éclaircissement de la juridiction suprême : l’affaire se juge sur l’interprétation de la juridiction saisie.
- Les avocats qui préparent une demande de saisine ont intérêt à formuler la question de droit en une seule interrogation précise, avec le texte de loi identifié, et non comme des variantes entre lesquelles la juridiction suprême aurait à choisir.
- Vérifiez d’abord si la juridiction suprême s’est déjà prononcée sur une question semblable : la décision dit expressément que l’existence de solutions antérieures entre dans l’appréciation de la difficulté.
- Lisez les motifs des décisions d’irrecevabilité, et pas seulement le dispositif. La Cour confirme que ces motifs ont autorité de la chose jugée.
- Retenez le seuil : la difficulté doit empêcher le prononcé de la solution. Un texte difficile à lire, mais interprétable au prix d’une analyse attentive, ne justifie pas la saisine.
- Pour des citations exactes, attention aux indices : les textes en cause sont les articles 3^1, 3^3 et 3^4 de l’ordonnance d’urgence du gouvernement n° 57/2015, et non les articles 31, 33 et 34.
Questions fréquentes
Qu’a décidé la Haute Cour ?
Quelle était la question ?
Pourquoi la saisine a-t-elle été rejetée ?
La décision a-t-elle un effet contraignant ?
Qu’advient-il du dossier de Craiova ?
Que signifie « décision préalable » ?
Quel est le seuil de difficulté exigé ?
Pourquoi un autre juge signe-t-il la décision ?
Analyse de la rédaction
La décision est, pour l’essentiel, une leçon de procédure donnée avec courtoisie, et sa partie la plus précieuse n’est pas la solution, mais la formule du dernier paragraphe de la motivation : l’intervention de la juridiction suprême ne saurait se transformer en un mécanisme indirect de suppression du rôle de la juridiction légalement saisie. C’est exactement le risque que porte le mécanisme de la décision préalable, et la Cour le nomme sans ménagement. Un juge qui ne sait pas ce qui le gêne dans son propre dossier n’a rien à demander, et s’il demande quand même, il transfère une responsabilité qui ne peut pas se transférer.
Tout aussi utile est la réaffirmation selon laquelle les décisions d’irrecevabilité produisent des effets par leurs motifs. La pratique a tendance à les traiter comme des non-décisions ; la Cour dit, en renvoyant à sa propre jurisprudence de 2021, qu’elles n’en sont pas. Celui qui juge un litige sur les mêmes textes dispose donc de plus qu’un refus : il a les repères dont la Cour s’est servie pour y arriver.
Ce qui reste désagréable, c’est l’économie de temps de toute l’opération. Le dossier qui a donné lieu à la saisine date de 2023, la décision a été rendue en juin 2026 et publiée en août, et au bout de ce parcours la question de fond, celle de savoir si un acte de 2016 produit encore des effets après une loi de 2017, est toujours là. Ce n’est pas la faute de la Cour, qui ne peut pas répondre à une question mal posée. Mais le résultat pratique est que le justiciable du dossier de Craiova a attendu trois ans pour apprendre qu’il doit attendre encore, et que le risque de solutions divergentes sur la même question demeure entier.
Ce qui devrait changer
- Un filtre de forme au niveau de la juridiction qui saisit. Une vérification de la formulation avant l’envoi du dossier éviterait des années d’attente pour des saisines qui échouent sur la recevabilité.
- La publication, à côté des décisions d’irrecevabilité, d’un résumé des exigences. La Cour répète les mêmes critères depuis des années ; un guide consolidé les rendrait visibles avant la saisine, et non après.
- Un mécanisme de signalement de la divergence qui subsiste. Lorsqu’une saisine échoue sur la forme alors que le problème de fond existe, il serait utile que la juridiction suprême puisse déclencher le recours dans l’intérêt de la loi, qui ne dépend pas de la formulation d’une seule juridiction.
- Des délais internes pour la rédaction et la publication des décisions. Deux mois entre le prononcé et la publication, dans une affaire en attente depuis 2023, s’ajoutent à un retard déjà important.
Texte original de l’acte normatif
Le texte ci-dessous est reproduit en roumain, la forme officielle de publication.
Le texte intégral, tel que publié au Journal officiel de la Roumanie
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Cet article a un caractère purement informatif et ne constitue pas un conseil juridique. Pour des situations concrètes, consultez un avocat ou un conseiller fiscal agréé.
