L’essentiel

  • La Cour constitutionnelle a confirmé que les règles selon lesquelles l’Inspection judiciaire instruit les plaintes visant les juges et les procureurs sont conformes à la Constitution.
  • L’argument selon lequel l’Inspection judiciaire aurait été créée par un règlement du Conseil supérieur de la magistrature a été rejeté comme inexact : l’institution est régie par une loi organique depuis 2004.
  • Le parcours complet d’une plainte reste inchangé : classement sans suite, plainte auprès de l’inspecteur en chef dans un délai de 15 jours, recours devant la Cour d’appel de Bucarest, pourvoi devant la Haute Cour.
Acte : Décision CCR n° 130/2026
Publié : Journal officiel de la Roumanie (Monitorul Oficial) n° 698 du 22 août 2026
Rendue le : 17 février 2026

Quiconque a vu un jour sa plainte contre un magistrat classée sans suite par l’Inspection judiciaire a eu la même réaction : qui contrôle l’Inspection ? La Cour constitutionnelle vient de répondre que la question est légitime, mais que les textes qui organisent la procédure n’ont rien d’inconstitutionnel. Par la décision n° 130 du 17 février 2026, publiée au Journal officiel de la Roumanie n° 698 du 22 août 2026, la Cour a rejeté comme non fondée l’exception soulevée dans une affaire pendante devant la Cour d’appel de Bucarest, IXe section du contentieux administratif et fiscal. Ce n’est pas la seule décision récente par laquelle la Cour se prononce sur la manière dont la justice se contrôle elle-même, après avoir rejeté dans une seule décision 18 dossiers portant sur les droits de timbre judiciaires.

Les textes contestés étaient l’art. 44 al. (3) et (6), l’art. 45 et l’art. 451 de la loi n° 317/2004 relative au Conseil supérieur de la magistrature. Ils prévoient que l’action disciplinaire contre les juges, les procureurs et les magistrats assistants est exercée par l’Inspection judiciaire, par l’intermédiaire de l’inspecteur judiciaire, que l’enquête disciplinaire menée par l’Inspection est obligatoire, et fixent la manière dont sont traités les signalements adressés par les justiciables.

L’auteur de l’exception soutenait deux choses. D’abord, que l’Inspection judiciaire serait une institution créée par un règlement de la formation plénière du Conseil supérieur de la magistrature, donc dépourvue de fondement constitutionnel, puisque la Constitution ne la mentionne pas dans le chapitre consacré à l’autorité judiciaire. Ensuite, que l’Inspection tranche définitivement les plaintes des justiciables et que ses solutions ne sont jamais examinées par le Conseil supérieur de la magistrature, contrairement aux art. 133 et 134 de la Constitution.

Les effets concrets

Le premier effet est la confirmation de la compétence de l’Inspection judiciaire. L’art. 44 al. (3) et (6) reste en vigueur : l’action disciplinaire continue d’être exercée par l’Inspection, par l’intermédiaire de l’inspecteur judiciaire, et l’enquête disciplinaire menée par l’Inspection demeure obligatoire avant l’exercice de l’action.

Le deuxième effet porte sur le filtre initial des signalements. L’art. 45 reste applicable : l’Inspection peut se saisir d’office ou être saisie par écrit et de manière motivée par toute personne intéressée, mais un signalement non signé, dépourvu des données d’identification de son auteur ou ne fournissant aucun indice concret sur les faits est classé sans suite, l’auteur en étant informé. Un nouveau signalement peut être déposé si les conditions sont respectées.

Le troisième effet concerne les délais. La vérification préalable doit être achevée dans un délai maximal de 45 jours à compter de la saisine, et l’inspecteur en chef peut prolonger ce délai de 45 jours au plus, s’il existe des motifs sérieux. Les délais prévus par cet article le sont à peine de forclusion, ce qui signifie que leur dépassement n’est pas un simple manquement administratif.

Au bout de ce calendrier se trouve une limite que rien ne suspend, confirmée par la Cour constitutionnelle en mars 2026 : l’action disciplinaire ne peut plus être engagée 2 ans après le fait.

Le quatrième effet est le plus important pour un justiciable ordinaire : la voie de recours reste ouverte. La décision de classement sans suite peut faire l’objet d’une plainte auprès de l’inspecteur en chef dans un délai de 15 jours à compter de sa communication, et cette plainte est tranchée dans un délai maximal de 20 jours à compter de son enregistrement. Si l’inspecteur en chef rejette la plainte, sa décision et la décision de classement peuvent être contestées devant la section du contentieux administratif et fiscal de la Cour d’appel de Bucarest, dans un délai de 15 jours à compter de la communication, et l’arrêt de cette juridiction peut faire l’objet d’un pourvoi devant la Haute Cour de cassation et de justice, également dans un délai de 15 jours.

Le cinquième effet relève de la jurisprudence. La Cour a rappelé qu’elle avait déjà examiné les mêmes textes par la décision n° 617 du 7 novembre 2024 et qu’aucun élément nouveau n’était intervenu depuis, de sorte que la solution et ses motifs conservent leur validité. Les juridictions ne peuvent plus écarter ces dispositions.

Ce qui change par rapport à la situation antérieure

Le texte de la loi ne change en rien, mais une précision compte ici : la loi n° 317/2004 a été abrogée par la loi n° 305/2022 relative au Conseil supérieur de la magistrature, publiée au Journal officiel de la Roumanie n° 1.105 du 16 novembre 2022. La Cour a néanmoins examiné les anciens textes, parce qu’ils s’appliquent à l’affaire pendante, conformément à la règle posée par la décision n° 766 du 15 juin 2011 : le contrôle de constitutionnalité peut porter aussi sur des dispositions dont les effets juridiques continuent de se produire après leur sortie de vigueur.

Le deuxième changement tient à l’argumentation. L’idée que l’Inspection judiciaire serait dépourvue de base légale a été démontée avec des données précises. La Cour a rappelé que l’Inspection était réglementée dès 2004, par l’art. 60 de la version initiale de la loi n° 317/2004, publiée au Journal officiel de la Roumanie n° 599 du 2 juillet 2004, puis par l’art. 61 après la republication de 2005 et, dans la version republiée en 2012, comme structure dotée de la personnalité juridique au sein du Conseil supérieur de la magistrature.

Le troisième changement concerne l’indépendance opérationnelle. La Cour a rappelé que, selon l’art. 65 al. (3) de la loi n° 317/2004, l’Inspection judiciaire agit selon le principe de l’indépendance opérationnelle à l’égard du Conseil supérieur de la magistrature, des juridictions, des parquets et des autres autorités publiques. C’est la raison pour laquelle ses solutions ne sont pas soumises au contrôle du Conseil, et la Cour a estimé que ce mécanisme est conforme à la Constitution.

Ce qui ne change pas, c’est la limite de l’analyse. Les critiques tirées de la prétendue imprécision des textes n’ont pas été examinées en détail, parce que l’auteur s’est borné à affirmer le défaut de qualité de la loi, sans indiquer en quoi consisteraient les déficiences concrètes.

Avantages et inconvénients

Ce que cela améliore

  • Confirme qu’un justiciable mécontent du classement de sa plainte dispose d’une voie de recours jusqu’à la Haute Cour de cassation et de justice, et que la procédure ne s’arrête pas à l’Inspection judiciaire.
  • Rappelle que les délais de la vérification préalable sont prévus à peine de forclusion et ne peuvent donc pas être traités comme de simples recommandations.
  • Clôt le débat sur le fondement légal de l’Inspection judiciaire, avec des renvois précis aux textes de 2004, 2005 et 2012.
  • Débloque les affaires suspendues sur cette question, la décision étant définitive et généralement obligatoire.

Ce qui reste problématique

  • Le Conseil supérieur de la magistrature n’examine toujours pas les solutions rendues par l’Inspection judiciaire sur les plaintes des justiciables, et la Cour a estimé qu’il devait en être ainsi.
  • Un signalement non signé ou dépourvu d’indices concrets est classé d’emblée, ce qui décourage les personnes qui redoutent les conséquences d’une démarche à visage découvert.
  • La vérification préalable peut durer jusqu’à 90 jours, prolongation comprise, avant que quelqu’un ne décide s’il existe ou non des indices de faute disciplinaire.
  • Les critiques tirées de l’imprécision des textes sont restées sans examen au fond, si bien que la discussion sur la qualité de rédaction de ces articles n’a toujours pas de réponse.

Conseils pratiques

  1. Signez votre signalement et indiquez vos données d’identification. Un signalement anonyme est classé automatiquement, sans aucune vérification au fond.
  2. Décrivez des faits, pas des impressions. La loi exige des indices concrets sur les faits, c’est-à-dire ce qui s’est passé, quand et dans quel dossier, et non une appréciation générale sur le magistrat.
  3. Notez la date de communication de la décision de classement. C’est de cette date que court le délai de 15 jours pour la plainte adressée à l’inspecteur en chef, et ce délai ne se rouvre pas.
  4. Si l’inspecteur en chef rejette votre plainte, vous disposez encore de 15 jours pour la contester devant la section du contentieux administratif et fiscal de la Cour d’appel de Bucarest. L’affaire est jugée d’urgence et en priorité.
  5. Si vous perdez là aussi, il vous reste le pourvoi devant la Haute Cour de cassation et de justice, section du contentieux administratif et fiscal, dans un délai de 15 jours à compter de la communication.
  6. Si plusieurs personnes ont dénoncé le même fait du même magistrat, les signalements sont joints. Cela vaut la peine de le mentionner dans votre demande si vous savez que d’autres plaintes existent.
  7. Vérifiez quelle loi s’applique à votre situation. Pour les faits et les procédures engagés après novembre 2022, c’est la loi n° 305/2022 qui s’applique, et non la loi n° 317/2004 examinée dans cette décision.

Questions fréquentes

Qui instruit une plainte contre un juge ou un procureur ?
L’Inspection judiciaire, par l’intermédiaire des inspecteurs judiciaires. Elle peut être saisie par écrit et de manière motivée par toute personne intéressée, y compris par le Conseil supérieur de la magistrature, ou se saisir d’office.
Que se passe-t-il si ma plainte est classée sans suite ?
Vous pouvez déposer une plainte auprès de l’inspecteur en chef, dans un délai de 15 jours à compter de la communication de la décision. Elle est tranchée dans un délai maximal de 20 jours à compter de son enregistrement, et l’inspecteur en chef peut rejeter la plainte ou l’accueillir et ordonner un complément de vérifications.
Puis-je porter une telle plainte devant une juridiction ?
Oui. La décision par laquelle l’inspecteur en chef a rejeté votre plainte ainsi que la décision de classement se contestent devant la section du contentieux administratif et fiscal de la Cour d’appel de Bucarest, dans un délai de 15 jours à compter de la communication, et l’arrêt de cette juridiction peut faire l’objet d’un pourvoi devant la Haute Cour de cassation et de justice.
Combien de temps dure la vérification préalable ?
45 jours au plus à compter de la saisine de l’Inspection judiciaire. L’inspecteur en chef peut prolonger ce délai de 45 jours au maximum, s’il existe des motifs sérieux. Les délais sont prévus à peine de forclusion.
Pourquoi la Cour a-t-elle examiné une loi abrogée ?
Parce que la loi n° 317/2004, bien qu’abrogée par la loi n° 305/2022, continue de s’appliquer à l’affaire pendante devant la juridiction qui a saisi la Cour. La règle vient de la décision n° 766 du 15 juin 2011 : le contrôle porte aussi sur les dispositions dont les effets juridiques continuent de se produire après leur sortie de vigueur.
Le Conseil supérieur de la magistrature peut-il modifier la solution de l’Inspection judiciaire ?
Pas sur les plaintes des justiciables. L’Inspection judiciaire agit selon le principe de l’indépendance opérationnelle à l’égard du Conseil, et la Cour constitutionnelle a estimé que ce mécanisme ne méconnaît pas les art. 133 et 134 de la Constitution.

Texte original de l’acte normatif

Le texte ci-dessous est reproduit en roumain, la forme officielle de publication.

Le texte intégral, tel que publié au Journal officiel de la Roumanie

Journal officiel de la Roumanie n° 698 du 22 août 2026 8 pages PDF, 85 KB l'acte commence à la page 2

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Cet article a un caractère purement informatif et ne constitue pas un conseil juridique. Pour des situations concrètes, consultez un avocat ou un conseiller fiscal agréé.