L’essentiel
- Le Gouvernement a approuvé la liste des trois périmètres de la mer Noire qui peuvent être donnés en concession pour des parcs éoliens offshore. C’est l’étape sans laquelle les appels d’offres ne peuvent pas commencer.
- Les trois zones totalisent 948 km² et une capacité estimée à 3 100 MW, soit 3,1 gigawatts, au-dessus de la cible de 3 GW que la Stratégie énergétique 2025-2035 avait fixée pour 2035.
- Les périmètres sont définis par des coordonnées précises, dans le système WGS84, et l’annexe indique pour chacun les contraintes qui pèsent sur lui : routes de navigation, zones militaires, infrastructures pétrolières et gazières, oiseaux migrateurs, habitats protégés.
Publié : Journal officiel de la Roumanie (Monitorul Oficial) n° 716 du 27 août 2026
Entrée en vigueur : 27 août 2026
La Roumanie sait, depuis le 27 août 2026, à la coordonnée géographique près, où pourront être construits les premiers parcs éoliens de la mer Noire. La décision du Gouvernement n° 664/2026, publiée au Journal officiel de la Roumanie n° 716 du 27 août 2026, approuve la liste des périmètres éoliens offshore qui peuvent être concédés dans le secteur roumain de la mer. C’est l’acte qui transforme une loi de 2024 en une carte, et il arrive deux jours après le plan de mesures pour les chaînes d’approvisionnement du secteur.
L’acte ne compte qu’un seul article. Il approuve l’annexe et précise que les périmètres sont définis par des coordonnées géodésiques dans le système de référence WGS84, celui-là même qu’utilise n’importe quel GPS. Le fondement juridique est l’article 7 alinéas (1) et (3) de la loi n° 121/2024 sur l’énergie éolienne offshore.
L’annexe est la partie qui compte. Elle décrit trois périmètres de concession, chacun avec son contour donné point par point, avec la superficie, la capacité estimée, la densité nominale de puissance, la vitesse moyenne du vent à 150 mètres de hauteur, l’intervalle de profondeur de l’eau et le coût actualisé de l’énergie, exprimé par rapport au moins cher d’entre eux.
Les chiffres, tels qu’ils figurent dans le tableau : le périmètre 1 fait 631 km², pour une capacité estimée à 1 900 MW, une densité de 3 MW/km², un vent de 7,8 m/s et des profondeurs comprises entre 63 et 75 mètres. Le périmètre 2 fait 149 km², 600 MW, une densité de 4 MW/km², un vent de 7,9 m/s et des profondeurs entre 55 et 67 mètres. Le périmètre 3 fait 168 km², 600 MW lui aussi, une densité de 3,6 MW/km², un vent de 7,7 m/s et des profondeurs entre 65 et 75 mètres. Tous les trois sont pensés pour des éoliennes à fondations fixes, et non pour des éoliennes flottantes.
Le coût actualisé de l’énergie, c’est-à-dire le prix auquel il faudrait vendre un mégawattheure pour que l’investissement soit couvert sur la durée de vie du parc, est le plus bas au périmètre 1, pris comme référence à 100 %. Le périmètre 2 ressort 2,1 % plus cher et le périmètre 3, 10,5 % plus cher. L’écart vient du vent et de la profondeur : le périmètre 3 a le vent le plus faible et l’eau la plus profonde.
Quatre jours plus tard, le Gouvernement a aussi dit le prix : une redevance de 0,75 % et des taxes de 800 et 1 500 euros par kilomètre carré.
Quatre jours plus tard sont parues les procédures : comment s’obtient l’autorisation de développement et comment se démantèle, à la fin, un parc éolien.
Les effets concrets
Le permis d’exploration ne peut être demandé que par le concessionnaire d’un tel périmètre, et sa méthodologie est parue le 1er septembre 2026 : 428 jours après le délai inscrit dans la loi.
L’effet immédiat est que la procédure de concession a enfin un objet. La loi de 2024 avait construit le mécanisme, mais on n’organise pas un appel d’offres sur une mer entière, il lui faut un périmètre délimité. Depuis le 27 août 2026, les trois périmètres existent comme entités juridiques, avec un contour fermé par des coordonnées.
Le deuxième effet est que les investisseurs peuvent comparer. L’annexe ne se contente pas de dessiner le contour, elle publie pour chaque zone les données qu’un développeur devrait normalement établir lui-même, à ses frais : la vitesse du vent à la hauteur du rotor, la profondeur de l’eau, la densité nominale de puissance et, surtout, le coût relatif. Un investisseur voit dès le premier tableau quel périmètre est le plus attractif économiquement et combien il perd s’il en choisit un autre.
Le troisième effet est l’information sur les risques, et l’acte y est d’une ouverture inhabituelle. Pour chaque périmètre, l’annexe énumère les contraintes sur trois niveaux, biodiversité, social et technique, avec le pourcentage de surface qu’elles couvrent et une note de sensibilité. Le périmètre 1 a des oiseaux migrateurs et des chauves-souris sur 100 % de sa surface, des habitats protégés sur 90 % et du poisson sur 70 %. Le périmètre 2 a des chauves-souris et des habitats protégés sur 100 %, des mammifères marins sur 90 %. Le périmètre 3 a des chauves-souris et des mammifères marins sur 100 %.
L’annexe dit clairement qu’à de tels pourcentages, éviter les zones sensibles n’est plus possible à l’intérieur du périmètre. Elle précise cependant que la présence d’un tel élément ne signifie pas une incompatibilité avec les parcs éoliens, mais l’obligation d’une évaluation au niveau du projet et de mesures d’atténuation.
Sur le plan technique, les trois périmètres se superposent presque entièrement à des infrastructures pétrolières et gazières : 95 % pour le périmètre 1, 100 % pour les deux autres. Les gisements qui les influencent sont nommés : Istria et XV MIDIA pour le premier, EX-25 LUCEAFARUL pour le deuxième, NEPTUN XIX 1 pour le troisième. Apparaissent aussi des zones militaires sensibles, à l’est du périmètre 1 et à l’ouest du périmètre 2, ainsi que la route Odessa-Bosphore, dont l’annexe note qu’elle connaît actuellement un trafic de faible densité.
Ce qui change par rapport à la situation antérieure
Jusqu’au 27 août 2026, l’énergie éolienne offshore roumaine était une loi sans carte. La loi n° 121/2024 avait posé le cadre, les règles de concession et les compétences, mais elle ne disait pas où. Faute de périmètres, ni l’État ne pouvait mettre quoi que ce soit en appel d’offres, ni un investisseur ne pouvait préparer un projet, puisqu’il n’avait aucune surface sur laquelle l’installer.
Le niveau de détail que l’État met sur la table a changé lui aussi. L’annexe contient les contours complets, point par point : 15 sommets pour le périmètre 1, 4 pour le périmètre 2 et 12 pour le périmètre 3, chacun avec huit décimales. Les superficies calculées à partir de ces coordonnées sont de 629, 148 et 168 km², contre 631, 149 et 168 déclarés dans le tableau, soit des écarts inférieurs à un demi pour cent, explicables par la projection. Les contours publiés et les superficies déclarées décrivent bien les mêmes zones.
La troisième chose qui change tient à l’ambition. La Stratégie énergétique de la Roumanie 2025-2035 avait fixé 3 GW installés d’ici 2035. Les trois périmètres totalisent 3,1 GW, la liste couvre donc la cible avec une marge étroite. Ce n’est pas un élargissement de l’objectif, c’est exactement ce qu’il faut pour qu’il puisse être atteint, si les trois sont concédés et construits.
Avantages et inconvénients
Ce que cela améliore
- La procédure est débloquée : sans périmètres délimités, les appels d’offres prévus par la loi n° 121/2024 ne pouvaient pas commencer.
- Une transparence rare pour un acte roumain : l’État publie les données de vent, de profondeur et de coût relatif qu’un développeur aurait payées sous forme d’étude.
- Les contraintes sont annoncées d’avance, et non découvertes au moment des autorisations, ce qui raccourcit le chemin jusqu’à une décision d’investissement.
- Les contours sont vérifiables par n’importe qui, puisqu’ils sont donnés par des coordonnées et non par des descriptions.
- La capacité totale couvre la cible de la stratégie énergétique, la liste est donc cohérente avec la politique annoncée.
- Les trois zones sont retenues pour des fondations fixes, une technologie mature, et non pour des solutions flottantes encore coûteuses.
Ce qui reste problématique
- La décision approuve la liste, mais ne dit ni quand commence le premier appel d’offres, ni dans quel ordre les périmètres seront mis sur le marché.
- Le recouvrement presque total avec les périmètres pétroliers et gaziers est signalé, mais il n’est pas résolu : qui a la priorité reste une affaire de négociation.
- La marge au-dessus de la cible de 3 GW n’est que de 100 MW, donc si un périmètre n’est pas concédé, l’objectif de la stratégie ne peut plus être atteint à partir de cette liste.
- Le tableau bascule sur la convention anglaise d’écriture des nombres, alors que le texte juste au-dessus reste sur la convention roumaine, qui est aussi la nôtre : il écrit « 1,900 » pour 1 900 MW et « 7.8 » pour 7,8 m/s, après avoir écrit « 3,1 GW ». Lu à la française, « 1,900 » vaut 1,9, soit mille fois moins.
- Aucun délai n’est fixé pour les évaluations environnementales au niveau des projets que l’annexe annonce comme nécessaires.
- Le raccordement au réseau, qui décide si un parc de 1 900 MW peut être absorbé par le système, n’apparaît nulle part dans l’acte.
Conseils pratiques
- Si vous préparez un projet, lisez d’abord la colonne du coût relatif, pas celle de la capacité. L’écart de 10,5 % entre le périmètre 1 et le périmètre 3 se traduit directement dans le prix demandé à l’appel d’offres.
- Vérifiez les coordonnées dans votre propre système SIG avant toute estimation. Elles sont données en WGS84, avec huit décimales, elles s’importent donc directement.
- Regardez les pourcentages de recouvrement, pas seulement la liste des éléments de biodiversité. Un élément présent sur 10 % peut être évité par l’implantation des éoliennes, un élément présent sur 100 % ne le peut pas.
- Pour les périmètres 2 et 3, prévoyez dès le départ la discussion avec les titulaires pétroliers et gaziers : le recouvrement est de 100 % et les gisements sont nommés dans l’annexe.
- Les pêcheurs et les exploitants aquacoles de la zone ont intérêt à regarder maintenant, et non au moment des autorisations : l’aquaculture et la pêche apparaissent avec une sensibilité modérée sur 85 % du périmètre 1 et sur 100 % du périmètre 2.
- Si vous suivez le sujet du point de vue du coût pour le consommateur, retenez que la profondeur et le vent expliquent l’écart de prix entre les zones mieux que la superficie.
Questions fréquentes
Cela veut-il dire que des parcs éoliens vont être construits en mer Noire ?
Quelle quantité d’énergie produiraient-ils ?
Où se situent les trois périmètres ?
Que signifie le LCOE relatif ?
Pourquoi certains périmètres sont-ils plus chers que d’autres ?
Qu’advient-il des zones protégées et des oiseaux ?
Y a-t-il recouvrement avec les zones pétrolières et gazières ?
Quel type d’éoliennes peut-on installer ?
Analyse de la rédaction
Techniquement, c’est l’un des actes les mieux faits de ces derniers temps. Il ne se contente pas de dessiner trois polygones, il publie les raisons pour lesquelles ils ont exactement cette forme : là où le tracé s’arrête à cause de la route Odessa-Bosphore, là à cause d’une zone militaire sensible, là à cause d’une profondeur supérieure à 75 mètres, seuil au-delà duquel la fondation fixe cesse d’être rentable. Les superficies calculées à partir des coordonnées publiées se referment avec des écarts inférieurs à un demi pour cent, tandis que les densités déclarées se vérifient en divisant la capacité par la superficie. Un acte qui résiste à une vérification arithmétique est une rareté.
Cette ouverture a aussi une fonction pratique, pas seulement civique. En publiant le vent à 150 mètres, les profondeurs et le coût relatif, l’État déplace une partie de l’étude de préfaisabilité des épaules des investisseurs vers les siennes, ce qui devrait en théorie se voir dans des prix plus bas à l’appel d’offres, puisque le risque de l’inconnu diminue.
Ce qui manque relève de l’étape suivante. L’acte dit où, mais il ne dit ni quand ni dans quel ordre. La marge au-dessus de la cible de la stratégie énergétique n’est que de 100 MW sur 3 100, si bien que toute la politique annoncée dépend de la concession des trois périmètres. Si l’un tombe, la cible de 3 GW ne peut plus être atteinte à partir de cette liste, et l’acte ne prévoit pas non plus le mécanisme par lequel un quatrième viendrait s’ajouter. Quant au recouvrement de 95 % et de 100 % avec les périmètres pétroliers et gaziers, il est honnêtement signalé, mais laissé en suspens : qui cède, à quelles conditions et contre quelles compensations, cela n’est écrit nulle part.
Ce qui devrait changer
- Un calendrier des appels d’offres, même indicatif. Une date cible pour le premier périmètre permettrait aux développeurs de programmer leurs études et leurs commandes d’éoliennes, qui se passent des années à l’avance.
- Une règle de coexistence avec les titulaires pétroliers et gaziers. Les gisements sont nommés dans l’annexe, les cas sont donc connus, il ne manque que la norme qui dit comment l’espace se partage.
- Un mécanisme pour compléter la liste. Avec une marge de 100 MW au-dessus de la cible, l’acte devrait prévoir comment un périmètre s’ajoute si l’un des trois n’est pas concédé.
- Une convention unique pour l’écriture des nombres. Dans la même annexe, le texte écrit « 3,1 GW » avec la virgule décimale, celle du roumain comme du français, tandis que le tableau écrit « 1,900 » MW et « 7.8 » m/s à l’anglaise. Un lecteur qui applique sa propre convention lit 1,9 là où l’annexe veut dire 1 900, mille fois plus. Le sens se rétablit par le contexte, mais dans un acte appelé à être cité dans des cahiers des charges la convention devrait être unique.
- Une mention du raccordement au réseau. Un parc de 1 900 MW n’a aucune valeur sans la capacité de livrer dans le réseau, l’acte gagnerait à renvoyer au moins au plan de développement du réseau de transport.
- Des délais pour les évaluations environnementales annoncées. L’annexe dit que des évaluations au niveau des projets sont nécessaires, mais elle ne dit ni à quelle étape de la procédure elles se font ni qui les supporte.
Texte original de l’acte normatif
Le texte ci-dessous est reproduit en roumain, la forme officielle de publication.
Le texte intégral, tel que publié au Journal officiel de la Roumanie
Journal officiel de la Roumanie n° 716 du 27 août 2026 16 pages PDF, 115 KB l'acte commence à la page 12
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Cet article a un caractère purement informatif et ne constitue pas un conseil juridique. Pour des situations concrètes, consultez un avocat ou un conseiller fiscal agréé.
