L’essentiel
- Par une seule décision, la Cour constitutionnelle a clos 47 dossiers portant sur le mode d’évaluation des immeubles pris abusivement pendant la période communiste. Les exceptions ont été rejetées comme devenues irrecevables, parce que le texte attaqué avait déjà été déclaré inconstitutionnel en 2021.
- La partie utile se trouve au paragraphe 41 : le rejet comme devenue irrecevable peut constituer un motif de demande de révision, selon l’art. 509 al. (1) point 11 du Code de procédure civile.
- Sont concernés les cessionnaires des droits à indemnisation, c’est-à-dire les personnes qui ont acheté aux anciens propriétaires le droit de recevoir une compensation, et dont les dossiers ont été évalués avec le barème notarial de 2013 au lieu du barème actualisé.
Publié : Journal officiel de la Roumanie (Monitorul Oficial) n° 689 du 20 août 2026
Prononcée : 26 mars 2026
Vous avez acheté à un ancien propriétaire le droit d’être indemnisé pour une maison nationalisée, et l’État a évalué l’immeuble aux valeurs de 2013, non à celles d’aujourd’hui. La Cour constitutionnelle vient de montrer comment le dossier peut être rouvert. La décision n° 271 du 26 mars 2026, publiée au Journal officiel de la Roumanie n° 689 du 20 août 2026, règle d’un seul coup 47 dossiers joints, venus de juridictions de tout le pays. C’est la deuxième intervention de la Cour sur la même loi en quelques semaines, après qu’elle a jugé que la Commission nationale pour la compensation des immeubles peut annuler d’anciens arrêtés d’indemnisation.
Le cœur du litige est une inégalité de calcul. L’art. 21 al. (6) de la loi n° 165/2013, dans la rédaction issue de la loi n° 219/2020, prévoyait deux barèmes notariaux différents pour un seul et même immeuble. Si l’indemnisation revenait à l’ancien propriétaire ou à ses héritiers, l’évaluation se faisait avec le barème notarial de l’année précédant l’émission de la décision, donc une valeur proche du marché. Si elle revenait à quelqu’un qui avait acheté ce droit, l’évaluation se faisait avec le barème en vigueur à la date d’entrée en vigueur de la loi n° 165/2013, c’est-à-dire aux valeurs de l’année 2013.
La Cour avait déjà dit deux fois que cette différence n’a pas de justification. Par la décision n° 725 du 7 octobre 2020, elle a constaté que le même immeuble ne peut pas valoir autre chose selon la personne qui encaisse l’argent et qu’un tel critère est purement subjectif, contraire à l’art. 16 de la Constitution. Le législateur a pourtant repris la solution dans la loi n° 219/2020, en inversant seulement les deux branches, et la Cour l’a sanctionnée de nouveau par la décision n° 189 du 18 mars 2021. Les 47 dossiers ici en cause avaient été renvoyés à la Cour avant la publication de cette décision, ils sont donc venus en jugement alors que la question était déjà tranchée.
Les effets concrets
Le premier effet est procédural, et c’est celui qui compte en pratique. Selon l’art. 29 al. (3) de la loi n° 47/1992, ne peuvent pas faire l’objet d’une exception les dispositions déjà constatées inconstitutionnelles par une décision antérieure. C’est pourquoi les exceptions ont été rejetées non comme non fondées, mais comme devenues irrecevables, une formule qui ne signifie pas que la partie avait moins raison, mais qu’elle avait déjà obtenu gain de cause par ailleurs.
Le deuxième effet découle du premier. La Cour souligne expressément, au paragraphe 41, que le rejet comme devenue irrecevable peut constituer un motif de demande de révision, conformément à l’art. 509 al. (1) point 11 du Code de procédure civile. Ce texte permet la révision des jugements définitifs qui se sont fondés sur une disposition déclarée inconstitutionnelle après que le jugement est devenu définitif. La Cour cite sa propre jurisprudence constante en ce sens, de la décision n° 22 du 21 janvier 2015 jusqu’à la décision n° 684 du 12 décembre 2023.
Le troisième effet concerne le délai. Selon l’art. 511 al. (3) du Code de procédure civile, pour le motif prévu à l’art. 509 al. (1) point 11, la demande de révision se fait dans un délai de trois mois à compter de la date de publication de la décision de la Cour constitutionnelle au Journal officiel de la Roumanie. La présente décision a été publiée le 20 août 2026.
Le quatrième effet est de clarification du droit en vigueur. La Cour précise que la solution législative critiquée n’est plus d’actualité : la différenciation a été supprimée par la loi n° 193/2021, publiée au Journal officiel de la Roumanie n° 681 du 9 juillet 2021. Aujourd’hui, l’évaluation des immeubles pour lesquels une indemnisation est accordée se fait, pour tous les bénéficiaires, par application du barème notarial valable pour l’année précédant l’émission de la décision par la Commission nationale pour la compensation des immeubles.
Le cinquième effet porte sur la seconde partie du dispositif. L’exception relative à l’art. 31 al. (31) et à l’art. 33 al. (4) de la loi n° 165/2013, textes qui concernent les personnes certifiées comme survivantes de l’Holocauste, a été rejetée comme irrecevable pour deux raisons : elle était totalement dépourvue de motivation et elle était sans lien avec l’objet des litiges, qui portaient sur l’évaluation des indemnisations. Ici, aucune voie de révision ne s’ouvre.
Ce qui change par rapport à la situation antérieure
En droit positif, cette décision ne change rien. Le texte qui créait le double standard n’était plus en vigueur depuis juillet 2021, et la décision qui l’a retiré de la législation est la décision n° 189/2021, non celle-ci.
Ce qui a changé, en revanche, c’est la situation concrète des parties dans les 47 dossiers. Jusqu’à présent, elles attendaient une réponse de la Cour, tandis que les procès civils dans lesquels l’exception avait été soulevée avaient été, en règle générale, tranchés entre-temps sur la base de l’ancien texte. À compter du 20 août 2026, ces parties disposent d’un acte publié au Journal officiel de la Roumanie qu’elles peuvent joindre à une demande de révision, avec renvoi au paragraphe 41.
Une seconde évolution mérite d’être retenue, signalée au passage par la Cour, mais qui produit effet sur les dossiers encore en cours. Par la décision n° 43 du 18 février 2025, publiée au Journal officiel de la Roumanie n° 606 du 27 juin 2025, a été déclarée inconstitutionnelle l’expression relative aux caractéristiques techniques de l’immeuble et à la catégorie d’usage à la date de la prise du bien, qui figurait auparavant dans le même art. 21 al. (6). Celui qui fait évaluer son dossier aujourd’hui dispose donc de deux décisions à invoquer, et non d’une seule.
Avantages et inconvénients
Ce que cela améliore
- Ouvre une voie de réparation concrète pour les cessionnaires, avec un fondement procédural indiqué expressément par la Cour, et non simplement suggéré.
- Clôt un contentieux vieux de plus de cinq ans pour des dizaines de dossiers à la fois, sans obliger chaque juridiction à attendre séparément.
- Rappelle une règle constitutionnelle importante : une solution déclarée inconstitutionnelle ne peut pas revenir dans la législation par un autre acte normatif, avec les branches inversées.
- Confirme que l’évaluation se fait désormais de manière uniforme, avec le barème de l’année précédant l’émission de la décision, quel que soit le bénéficiaire de l’indemnisation.
Ce qui reste problématique
- La révision n’est pas automatique. Il faut former une demande, dans le délai, et la juridiction peut la rejeter si le jugement attaqué ne s’est pas effectivement fondé sur le texte inconstitutionnel.
- Le délai de trois mois est court pour qui ne suit pas le Journal officiel de la Roumanie et n’a pas d’avocat au dossier.
- Les dossiers sont venus en jugement cinq ans après la saisine, et certains procès au fond avaient entre-temps été tranchés définitivement sur l’ancien texte.
- Pour la seconde partie de l’exception, aucune ouverture n’existe : une exception non motivée est définitivement perdue, quelle qu’ait pu être sa pertinence au fond.
Conseils pratiques
- Vérifiez d’abord si votre jugement définitif s’est effectivement fondé sur l’art. 21 al. (6) dans la rédaction issue de la loi n° 219/2020. La révision ne fonctionne que si le texte inconstitutionnel a servi de base à la solution, non s’il a été simplement mentionné.
- Regardez dans le jugement quel barème notarial la juridiction a appliqué. Si y figure le barème en vigueur à l’entrée en vigueur de la loi n° 165/2013, c’est-à-dire les valeurs de 2013, vous êtes exactement dans l’hypothèse sanctionnée par la Cour.
- Comptez les trois mois à partir du 20 août 2026, date de publication de la décision, et non à partir du jour où vous en avez eu connaissance. Il s’agit d’un délai de forclusion.
- Invoquez dans la demande de révision le paragraphe 41 de la décision n° 271/2026 ainsi que la décision n° 189 du 18 mars 2021, publiée au Journal officiel de la Roumanie n° 466 du 4 mai 2021. La première indique la voie, la seconde constitue le fondement au fond.
- Si votre dossier est encore en cours devant la Commission nationale pour la compensation des immeubles, vous n’avez pas besoin de révision. Demandez directement l’application du barème de l’année précédant l’émission de la décision, qui est la règle en vigueur depuis juillet 2021.
- Vérifiez séparément si la décision d’indemnisation de votre dossier contient des références aux caractéristiques techniques et à la catégorie d’usage à la date de la prise du bien. La décision n° 43/2025 a retiré cette expression de la loi elle aussi.
Questions fréquentes
Que signifie qu’une exception a été rejetée comme devenue irrecevable ?
J’ai perdu mon procès. Puis-je demander la révision maintenant ?
Quel est le délai de la demande de révision ?
Quel barème notarial s’applique aujourd’hui à l’évaluation des immeubles ?
Pourquoi les cessionnaires étaient-ils traités différemment ?
Qu’est-il advenu de la partie relative aux survivants de l’Holocauste ?
Texte original de l’acte normatif
Le texte ci-dessous est reproduit en roumain, la forme officielle de publication.
Le texte intégral, tel que publié au Journal officiel de la Roumanie
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Cet article a un caractère purement informatif et ne constitue pas un conseil juridique. Pour des situations concrètes, consultez un avocat ou un conseiller fiscal agréé.
