L’essentiel

  • La Cour constitutionnelle a rejeté la saisine en inconstitutionnalité du Président de la Roumanie et a constaté que la loi qui réécrit les règles applicables aux prosommateurs, c’est-à-dire à ceux qui ont des panneaux photovoltaïques sur leur maison ou sur leur entreprise, est conforme à la Constitution.
  • La décision a débloqué un texte en attente depuis 2023. Deux jours plus tard, la loi a été publiée sous le titre de loi n° 160/2026, avec une échelle à trois seuils de puissance installée : jusqu’à 200 kW, compensation quantitative ; entre 200 et 400 kW, régularisation financière ; au-delà de 400 kW, régime ordinaire de producteur.
  • Sont concernés tous les prosommateurs, personnes physiques et morales, les autorités et institutions publiques qui produisent de l’électricité à partir de sources renouvelables, ainsi que les fournisseurs d’énergie qui appliquent les mécanismes de compensation.
Acte : Décision de la Cour constitutionnelle n° 391/2026
Publié : Journal officiel de la Roumanie (Monitorul Oficial) n° 594 du 21 juillet 2026
Rendue le : 29 avril 2026

La loi qui permet aux propriétaires de panneaux solaires de payer leur facture de gaz avec l’électricité injectée dans le réseau a franchi de justesse un obstacle constitutionnel. La Cour a jugé que le Parlement n’était pas sorti des limites du réexamen, et le texte a pu être promulgué. La décision n° 391 du 29 avril 2026, publiée au Journal officiel de la Roumanie n° 594 du 21 juillet 2026, rejette comme non fondée la saisine en inconstitutionnalité formée par le Président de la Roumanie. Deux jours plus tard, le texte validé a paru au Journal officiel de la Roumanie sous la forme de la loi n° 160/2026, qui relie l’excédent d’électricité à la facture de gaz.

L’histoire de cette loi aura duré près de trois ans. La version initiale a été transmise à la promulgation le 25 novembre 2023 et portait à 900 kW le seuil de puissance installée en dessous duquel les prosommateurs échappent à la responsabilité des déséquilibres du réseau. Le 12 décembre 2023, le Président a demandé le réexamen, en invoquant principalement le règlement (UE) 2019/943 sur le marché intérieur de l’électricité, qui fixe cette limite à 400 kW et l’abaisse à 200 kW pour les installations mises en service à partir du 1er janvier 2026.

Le Parlement a repris le débat, a renoncé au seuil de 900 kW et a recalibré, en cascade, les autres seuils de la loi. Ce sont précisément ces mises en cohérence qui ont fait l’objet de la saisine : le Président a soutenu qu’en modifiant des dispositions qu’il n’avait pas critiquées, le Parlement était sorti des limites du réexamen prévues à l’article 77 alinéa (2) de la Constitution et avait agi sans loyauté constitutionnelle, puisque la demande de réexamen avait déjà épuisé ses effets.

Les effets concrets

Le premier effet est que la loi a pu être promulguée et publiée. Une décision d’admission aurait renvoyé le texte au Parlement pour le mettre en accord avec la Constitution, et le mécanisme par lequel l’excédent d’énergie éteint la facture de gaz serait resté suspendu pour un cycle législatif de plus.

Le deuxième effet touche directement le portefeuille des prosommateurs. L’échelle à trois paliers décrite par la Cour dans ses motifs reste debout : les prosommateurs dont la puissance installée par point de consommation se situe entre 0 et 200 kW bénéficient de la compensation quantitative, autrement dit l’énergie livrée au réseau est déduite de celle consommée ; ceux dont la puissance installée se situe entre 200 et 400 kW obtiennent une régularisation financière au prix moyen pondéré du marché journalier ; au-delà de 400 kW, on entre dans le régime ordinaire, avec responsabilité de l’équilibrage.

L’échelle des puissances installées n’est pas le seul endroit où se décide ce qu’un petit producteur paie pour le réseau. À partir du 25 septembre 2026, une communauté d’énergie peut demander à l’ANRE une analyse des coûts et des bénéfices susceptible d’aboutir à un tarif de distribution réduit, sur la quantité consommée à l’intérieur de la communauté.

Le troisième effet est le plus concret pour les ménages. Les personnes physiques disposant d’installations d’au plus 27 kW par point de consommation peuvent choisir, pour une période contractuelle d’au moins 12 mois, que les sommes issues de la compensation quantitative couvrent soit l’ensemble de leurs contrats de fourniture d’électricité pour les points de consommation ouverts chez le même fournisseur, soit les contrats de fourniture de gaz naturel conclus avec ce fournisseur. La Cour a relevé que cette option a été introduite précisément parce que la loi n’offrait pas de garanties réelles que les fournisseurs paient chaque mois l’excédent livré au réseau, dans le délai de 24 mois initialement prévu.

Le quatrième effet relève du droit constitutionnel et dépasse le secteur de l’énergie. La Cour a confirmé, une fois de plus, qu’une demande de réexamen accueillie en partie oblige le Parlement à mettre le reste des dispositions en cohérence. Ces mises en cohérence ne constituent pas un dépassement des limites du réexamen, mais une condition de la cohérence de la loi.

Ce qui change par rapport à la situation antérieure

Par rapport à la version transmise à la promulgation en 2023, la loi validée par la Cour se présente différemment sur les points qui comptaient financièrement. Le seuil de 900 kW, en dessous duquel les prosommateurs n’étaient pas responsables des déséquilibres créés dans le réseau, a disparu, et la règle est revenue à 400 kW, le chiffre du règlement européen. L’exonération de l’obligation de facturation pour les prosommateurs jusqu’à 900 kW a elle aussi disparu, ce qui a annulé du même coup l’intervention sur le Code fiscal : l’exonération reste fixée, comme jusqu’ici, à 27 kW par point de consommation.

La compensation quantitative, le mécanisme le plus favorable, a été ramenée de 400 kW à 200 kW par point de consommation. En revanche, l’intervalle 200-400 kW a reçu un régime propre, celui de la régularisation financière, qui n’était pas explicitement distingué auparavant. Est également nouveau le droit d’option ouvert aux personnes physiques en dessous de 27 kW entre le paiement de l’électricité et celui du gaz à partir de la même somme.

La formulation relative aux personnes visées par ces règles a elle aussi changé. L’expression « autorités publiques locales » a été remplacée par « autorités et institutions publiques ». Le Président y a vu un élargissement du champ d’application. La Cour a répondu qu’il s’agit d’une clarification : la qualité de prosommateur peut être acquise par tout client final, et la catégorie des personnes morales englobait de toute façon aussi bien les autorités locales que les autorités centrales. L’ancien texte ne créait que l’apparence d’une distinction qui n’existait pas.

Un détail de la fin de la décision mérite d’être retenu. La solution a été adoptée à la majorité des voix, et non à l’unanimité. L’argument tiré du dépassement des limites du réexamen n’a donc pas convaincu l’ensemble de la formation de neuf juges.

Avantages et inconvénients

Ce que cela améliore

  • Débloque une loi attendue depuis 2023 et donne aux prosommateurs une règle prévisible, à la place d’une incertitude qui s’éternisait.
  • Aligne les seuils roumains sur le règlement (UE) 2019/943, ce qui écarte le risque d’une procédure d’infraction sur ce point.
  • Les personnes physiques équipées de petites installations disposent d’une voie réelle pour utiliser l’excédent d’énergie, y compris pour la facture de gaz, sans attendre des paiements qui tardaient.
  • La distinction nette entre trois seuils de puissance permet de calculer, avant même l’investissement, quel régime s’appliquera à une installation.

Ce qui reste problématique

  • La compensation quantitative, le mécanisme le plus avantageux, a été ramenée de 400 kW à 200 kW. Les prosommateurs situés entre 200 et 400 kW basculent vers la régularisation financière, à un prix de marché qui peut être inférieur au tarif payé à la consommation.
  • Les investissements dimensionnés sur la promesse du seuil de 900 kW restent sans couverture, après près de trois ans passés à attendre le texte.
  • La décision ne tranche rien quant à la rapidité avec laquelle les fournisseurs paient effectivement l’excédent livré. Elle constate seulement que le législateur a introduit une compensation précisément parce que les garanties faisaient défaut.
  • La solution est passée à la majorité et non à l’unanimité, si bien que le débat sur les limites du réexamen reste ouvert pour de futures lois.

Conseils pratiques

  1. Vérifiez dans quel palier tombe votre installation, d’après la puissance installée par point de consommation et non d’après la puissance totale : jusqu’à 200 kW, compensation quantitative ; entre 200 et 400 kW, régularisation financière ; au-delà de 400 kW, régime de producteur.
  2. Si vous êtes une personne physique et que vous avez au plus 27 kW, demandez à votre fournisseur de vous expliquer l’option entre l’extinction de la facture d’électricité et celle de la facture de gaz. L’engagement se prend pour 12 mois au minimum, il vaut donc la peine de calculer laquelle des deux factures est la plus lourde chez vous.
  3. L’option ne fonctionne qu’entre des contrats conclus avec le même fournisseur. Si vous avez l’électricité chez une société et le gaz chez une autre, le mécanisme ne s’applique pas tant que vous ne les réunissez pas sous le même toit.
  4. Si vous prévoyez une nouvelle installation, ne la dimensionnez pas au-delà de 200 kW par point de consommation par simple inertie. Le franchissement du seuil change le mécanisme de paiement, et pas seulement la puissance.
  5. Pour les entreprises et les autorités publiques, retenez que le texte s’applique aussi bien aux institutions publiques centrales qu’aux institutions locales. L’interprétation de la Cour exclut l’idée que seules certaines d’entre elles seraient des prosommateurs.
  6. Les modalités concrètes d’application viennent des réglementations de l’ANRE. La loi fixe les seuils, mais la procédure de facturation et de règlement se lit dans la réglementation de l’autorité.

Questions fréquentes

Qu’a finalement décidé la Cour constitutionnelle ?
Elle a rejeté comme non fondée la saisine en inconstitutionnalité du Président de la Roumanie et a constaté que la loi modifiant la loi sur l’électricité et le gaz naturel n° 123/2012 est conforme à la Constitution au regard des critiques formulées. La décision est définitive et généralement obligatoire.
Que se serait-il passé si la saisine avait été accueillie ?
La loi serait retournée au Parlement pour être mise en accord avec la décision de la Cour, et sa publication aurait été repoussée d’un cycle de débats supplémentaire. Les mécanismes applicables aux prosommateurs seraient restés les anciens pendant tout ce temps.
À partir de quelle puissance installée n’ai-je plus droit à la compensation quantitative ?
Au-delà de 200 kW par point de consommation. Entre 200 et 400 kW s’applique la régularisation financière, au prix moyen pondéré du marché journalier. Au-delà de 400 kW, on entre dans le régime ordinaire, avec responsabilité de l’équilibrage du réseau.
Puis-je utiliser l’argent de la compensation pour payer le gaz ?
Oui, si vous êtes une personne physique, si votre installation ne dépasse pas 27 kW par point de consommation et si le contrat de gaz est conclu avec le même fournisseur. L’option s’exerce pour une période contractuelle d’au moins 12 mois.
Pourquoi près de trois ans se sont-ils écoulés entre la transmission à la promulgation et la publication ?
La loi a été transmise à la promulgation en novembre 2023, elle a fait l’objet d’une demande de réexamen en décembre 2023, puis, après réexamen, elle est arrivée devant la Cour constitutionnelle, où la saisine a été enregistrée en octobre 2025. La décision a été rendue en avril 2026 et publiée en juillet 2026.
Que signifie le reproche fait au Parlement d’être sorti des limites du réexamen ?
Lorsque le Président demande le réexamen d’une loi, le débat porte sur les objections contenues dans la demande. Si le Parlement réécrit aussi des dispositions sans lien avec elles, il est considéré comme sorti des limites de la procédure. La Cour a établi ici que les modifications étaient des mises en cohérence nécessaires du changement demandé par le Président lui-même, et qu’elles restaient donc dans ces limites.
La décision s’applique-t-elle aussi aux institutions publiques ?
Oui. La Cour a indiqué explicitement que le régime juridique des prosommateurs s’applique à toutes les personnes physiques et morales, et que la catégorie des personnes morales comprend aussi bien les autorités et institutions publiques centrales que celles de niveau local.

Texte original de l’acte normatif

Le texte ci-dessous est reproduit en roumain, la forme officielle de publication.

Le texte intégral, tel que publié au Journal officiel de la Roumanie

Journal officiel de la Roumanie n° 594 du 21 juillet 2026 16 pages PDF, 120 KB l'acte commence à la page 2

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Cet article a un caractère purement informatif et ne constitue pas un conseil juridique. Pour des situations concrètes, consultez un avocat ou un conseiller fiscal agréé.