L’essentiel

  • La Cour constitutionnelle a rejeté, comme irrecevable, la contestation des droits de timbre judiciaires du contentieux administratif, non pas parce qu’elle les aurait jugés conformes, mais parce que l’auteur de l’exception n’a pas expliqué en quoi consistait l’inconstitutionnalité. Il a énuméré dix articles de la Constitution et trois de la Déclaration universelle des droits de l’homme, sans montrer le lien avec le texte attaqué.
  • Les droits de timbre restent inchangés : 50 lei pour l’annulation d’un acte administratif ou la reconnaissance d’un droit et 10 % de la valeur réclamée, sans dépasser 300 lei, pour les demandes qui tendent aussi à des dommages et intérêts.
  • La décision rappelle la règle de fond : une exception d’inconstitutionnalité a besoin de trois éléments, le texte attaqué, le texte constitutionnel invoqué et la motivation de la contrariété entre les deux. Sans le troisième, la Cour ne peut pas juger, car elle se substituerait à l’auteur.
Acte : Décision de la Cour constitutionnelle n° 757/2025
Publié : Journal officiel de la Roumanie n° 614 du 28 juillet 2026
Entrée en vigueur : 28 juillet 2026

Celui qui attaque une loi devant la Cour constitutionnelle doit dire concrètement pourquoi il la juge inconstitutionnelle, et non se contenter d’aligner des articles de la Constitution. C’est la leçon pratique de la Décision n° 757 du 11 décembre 2025, publiée mardi au Journal officiel de la Roumanie, par laquelle la Cour a rejeté comme irrecevable la contestation des droits de timbre judiciaires du contentieux administratif. La décision provient du même Journal officiel de la Roumanie que la procédure des prestations pour les personnes adultes handicapées, mais, à la différence de celle-ci, elle ne change rien en droit : elle ne fait que confirmer une règle de procédure constitutionnelle.

Le texte attaqué était l’article 16 de l’ordonnance d’urgence du Gouvernement n° 80/2013 relative aux droits de timbre judiciaires, publiée au Journal officiel de la Roumanie n° 392 du 29 juin 2013. Il fixe le coût d’une action en justice contre une autorité publique : 50 lei pour la demande d’annulation de l’acte administratif, pour la reconnaissance du droit revendiqué ou pour la délivrance d’un certificat ou d’une attestation, et 10 % de la valeur réclamée, sans dépasser 300 lei, pour les demandes qui tendent aussi à la réparation des préjudices causés par l’acte administratif.

L’auteur de l’exception, le requérant Dan Băzăvan, l’a soulevée dans un dossier pendant devant la Cour d’appel de Bucarest, VIIIe chambre du contentieux administratif et fiscal, dans une affaire qui avait précisément pour objet la demande de réexamen du droit de timbre judiciaire. Il soutenait que l’article 16 restreint le libre accès à la justice, qu’il est rédigé de manière ambiguë et qu’il crée les conditions d’une application non uniforme par les tribunaux.

Les droits de timbre sont étroitement liés à l’aide juridictionnelle, le mécanisme par lequel l’État couvre ces sommes pour ceux qui n’ont pas de revenus suffisants, et la CCR a récemment validé les plafonds de revenus de 300 et 600 lei à partir desquels elle est accordée.

Les effets concrets

Les droits de timbre restent exactement ce qu’ils étaient. Le rejet comme irrecevable signifie que le texte n’a pas été examiné au fond, donc qu’il n’a été ni validé, ni invalidé. L’article 16 de l’ordonnance d’urgence du Gouvernement n° 80/2013 continue de s’appliquer dans sa version de 2013, non touchée par les modifications apportées ensuite à l’ordonnance. Celui qui assigne une mairie, une préfecture ou un ministère paie toujours 50 lei pour l’annulation et au plus 300 lei lorsqu’il demande également des dommages et intérêts.

La règle des trois éléments. La partie réellement utile de la décision est le considérant du paragraphe 14, où la Cour reprend une construction établie par la Décision n° 1.313 du 4 octobre 2011. Toute exception d’inconstitutionnalité doit comporter le texte contesté, le texte constitutionnel prétendument violé et la motivation du rapport de contrariété entre les deux. Les deux premiers peuvent être déterminés de manière absolue. Le troisième, la motivation, est subjectif, et la Cour précise qu’il ne se mesure pas quantitativement : ce n’est pas le nombre de pages qui compte, mais le fait de pouvoir raisonnablement en dégager une critique.

Là où le raisonnement s’est rompu. Dans ce dossier, l’auteur a invoqué les articles 1, 15 alinéa (1), 16, 21, 41, 42, 43, 44, 47 et 135 alinéa (2) lettre f) de la Constitution, ainsi que les articles 7, 8 et 25 point 1 de la Déclaration universelle des droits de l’homme. La Cour a constaté qu’il s’agit de textes trop généraux et que leur simple énumération ne saurait être regardée comme une véritable critique d’inconstitutionnalité. Elle avait formulé la même conclusion dans la Décision n° 602 du 21 novembre 2023, au paragraphe 15.

Pourquoi la Cour ne peut pas compléter elle-même la motivation. Si elle analysait au fond une exception motivée de façon elliptique, la juridiction de contrôle constitutionnel se substituerait à l’auteur dans la formulation des critiques. Cela équivaudrait à un contrôle d’office, que l’article 29 alinéa (4) de la loi n° 47/1992 interdit. La Cour invoque aussi l’article 10 alinéa (2) de la même loi, selon lequel les saisines doivent être motivées.

Un manquement de la juridiction qui a saisi la Cour. Le paragraphe 7 de la décision consigne sèchement que, bien que la loi l’y oblige, la Cour d’appel de Bucarest n’a pas exprimé son opinion sur l’exception, contrairement à l’article 29 alinéa (4) de la loi n° 47/1992. L’opinion de la juridiction est l’une des rares pièces qui auraient pu aider la Cour à identifier une critique là où l’auteur n’en avait pas formulé. Elle a manqué. Les présidents des deux Chambres du Parlement et l’Avocat du Peuple n’ont pas davantage transmis de points de vue. Le seul point de vue reçu a été celui du Gouvernement, qui a lui aussi demandé le rejet comme irrecevable.

Combien de temps cela a duré. L’exception a été soulevée par la décision de renvoi du 15 avril 2021. La Cour a rendu sa décision le 11 décembre 2025 et l’a publiée au Journal officiel de la Roumanie le 28 juillet 2026. Plus de cinq ans se sont écoulés entre la saisine et la publication, pour une solution qui n’a pas touché au fond.

Ce qui change par rapport à la situation antérieure

En droit, rien. La décision ne modifie aucun texte, ne suspend aucune disposition et n’oblige pas le législateur à intervenir. Son effet se limite au dossier dans lequel l’exception a été soulevée : l’examen de la demande de réexamen du droit de timbre se poursuit devant la Cour d’appel de Bucarest sans que l’article 16 ait été discuté au fond.

Ce qui change, c’est la position jurisprudentielle dont disposent ceux qui voudront attaquer à l’avenir le même texte. Un rejet comme irrecevable pour défaut de motivation ne bloque pas une nouvelle exception ayant le même objet. À la différence du rejet comme non fondé, qui constate la constitutionnalité du texte, ou du rejet comme devenu irrecevable, qui intervient lorsque le texte a déjà été déclaré inconstitutionnel, cette solution laisse la question de fond entièrement ouverte. Un autre justiciable peut soulever demain la même exception, à condition de la motiver.

Pour les avocats et pour les justiciables qui se représentent eux-mêmes, la décision fonctionne comme un rappel de ce qu’est une motivation suffisante. Ce n’est pas le volume qui compte, mais le lien explicite entre le texte attaqué et la norme constitutionnelle invoquée. L’énumération d’une série d’articles, si longue soit-elle, ne tient pas lieu de ce lien.

Avantages et inconvénients

Ce que cela améliore

  • La Cour explique clairement, en renvoyant à sa propre jurisprudence, ce que doit contenir une exception d’inconstitutionnalité pour être jugée au fond.
  • Elle précise expressément que la motivation ne se mesure pas quantitativement : une exception brève, mais établissant un lien clair entre le texte attaqué et le texte constitutionnel, est recevable.
  • La solution d’irrecevabilité pour défaut de motivation ne ferme pas la voie à une exception future ayant le même objet, correctement motivée.
  • La décision a été rendue à l’unanimité des voix, sans opinion séparée, et ne laisse donc aucune incertitude sur l’orientation de la Cour sur ce point de procédure.
  • Le texte consigne publiquement que la juridiction qui a saisi la Cour n’a pas rempli son obligation légale d’exprimer son opinion, ce qui rend visible un problème de pratique judiciaire.

Ce qui reste problématique

  • La question de fond, celle de savoir si les droits de timbre du contentieux administratif restreignent ou non l’accès à la justice, reste non tranchée plus de cinq ans après la saisine.
  • Le justiciable qui se représente lui-même supporte intégralement les conséquences d’une motivation insuffisante, sans qu’aucune étape procédurale ne lui en signale la faiblesse avant le prononcé.
  • L’absence d’opinion de la juridiction de renvoi, bien que contraire à la loi, n’entraîne aucune conséquence dans la décision : elle est seulement consignée.
  • Ni l’Avocat du Peuple, ni les présidents des deux Chambres n’ont transmis de points de vue, alors que la loi prévoit la communication de la décision de renvoi précisément à cette fin.
  • L’intervalle entre le prononcé, le 11 décembre 2025, et la publication, le 28 juillet 2026, dépasse sept mois, dans une matière où la décision produit ses effets à compter de la publication.

Conseils pratiques

  1. Lorsque vous soulevez une exception d’inconstitutionnalité, écrivez explicitement, pour chaque article de la Constitution invoqué, en quoi consiste la contradiction avec le texte de loi attaqué. Sans ce lien, l’exception est irrecevable, quel que soit le nombre d’articles énumérés.
  2. Choisissez peu de textes constitutionnels, mais les bons. La Cour a retenu ici que l’invocation de dispositions à caractère général, comme celles relatives au niveau de vie ou au droit de grève, n’aide pas à identifier une critique.
  3. Ne confondez pas la critique d’inconstitutionnalité avec le mécontentement à l’égard de la façon dont les tribunaux appliquent la loi. Le second relève des juridictions de droit commun, non de la Cour constitutionnelle.
  4. Si vous attaquez une autorité publique au contentieux administratif, prévoyez 50 lei de droit de timbre pour la demande d’annulation et au plus 300 lei de plus si vous demandez également des dommages et intérêts.
  5. Retenez que le droit dû pour les demandes patrimoniales est de 10 % de la valeur réclamée, plafonné à 300 lei. Pour les prétentions élevées, c’est le plafond qui s’applique.
  6. Si vous estimez que le droit de timbre est trop élevé au regard de votre situation, la voie est la demande de réexamen du droit ou l’aide juridictionnelle, pas nécessairement l’exception d’inconstitutionnalité.
  7. Si l’une de vos exceptions a été rejetée comme irrecevable pour défaut de motivation, vous pouvez revenir avec une nouvelle, correctement motivée. Cette solution n’a pas autorité de chose jugée sur le fond.
  8. Les avocats qui rédigent des exceptions peuvent utiliser la Décision n° 1.313/2011 et la présente décision comme repère pour la structure minimale exigée par la Cour.

Questions fréquentes

Que signifie le rejet de l’exception comme irrecevable ?
Qu’un obstacle de procédure a empêché la Cour d’analyser le fond. Ici, l’obstacle a été le défaut de motivation. Le texte de loi n’a été déclaré ni constitutionnel, ni inconstitutionnel.
Quelque chose change-t-il pour les droits de timbre ?
Non. L’article 16 de l’ordonnance d’urgence du Gouvernement n° 80/2013 reste en vigueur sous la même forme : 50 lei pour l’annulation de l’acte ou la reconnaissance du droit et 10 % de la valeur réclamée, sans dépasser 300 lei, pour les demandes à caractère patrimonial.
Quels sont les trois éléments d’une exception ?
Le texte de loi contesté, le texte constitutionnel prétendument violé et la motivation du rapport de contrariété entre les deux. La règle vient de la Décision n° 1.313 du 4 octobre 2011 et est reprise ici.
Suffit-il de citer de nombreux articles de la Constitution ?
Non. La Cour a dit expressément que la simple énumération de dispositions constitutionnelles ou conventionnelles ne constitue pas une véritable critique d’inconstitutionnalité.
Pourquoi la Cour n’a-t-elle pas complété la motivation d’office ?
Parce qu’elle se serait substituée à l’auteur de l’exception, ce qui aurait équivalu à un contrôle d’office. L’article 29 alinéa (4) de la loi n° 47/1992 l’interdit.
Puis-je soulever de nouveau la même exception ?
Oui. Le rejet comme irrecevable pour défaut de motivation ne se prononce pas sur le fond et n’empêche donc pas une nouvelle exception ayant le même objet, si elle est motivée comme il convient.
Qu’est-il advenu de l’opinion de la juridiction qui a saisi la Cour ?
La Cour d’appel de Bucarest n’a pas exprimé son opinion, alors que l’article 29 alinéa (4) de la loi n° 47/1992 l’y oblige. La décision le consigne au paragraphe 7, sans autre conséquence.
La décision a-t-elle été prise à l’unanimité ?
Oui, à l’unanimité des voix et sans opinion séparée. Elle est définitive et généralement obligatoire à compter de sa publication au Journal officiel de la Roumanie, soit à compter du 28 juillet 2026.

Texte original de l’acte normatif

Le texte ci-dessous est reproduit en roumain, la forme officielle de publication.

Le texte intégral, tel que publié au Journal officiel de la Roumanie

Journal officiel de la Roumanie n° 614 du 28 juillet 2026 16 pages PDF, 121 KB l'acte commence à la page 2

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Cet article a un caractère purement informatif et ne constitue pas un conseil juridique. Pour des situations concrètes, consultez un avocat ou un conseiller fiscal agréé.