L’essentiel
- L’interdiction d’entrée en Roumanie, prononcée par l’Inspection générale pour l’immigration ou par la police aux frontières, reste intacte. La Cour constitutionnelle a rejeté sa contestation comme irrecevable, parce que les motifs invoqués n’avaient aucun lien avec le procès pendant.
- Les règles indirectement confirmées : l’interdiction peut être prononcée même sans mesure d’éloignement, et pour ceux qui ont franchi illégalement ou tenté de franchir frauduleusement la frontière, la durée est de 5 ans.
- La voie de recours est brève et précise : 10 jours à compter de la communication, devant la cour d’appel dans le ressort de laquelle se trouve la structure qui a ordonné la mesure.
Publié : Journal officiel de la Roumanie n° 621 du 28 juillet 2026
Entrée en vigueur : 28 juillet 2026
Un ressortissant étranger a demandé à la Cour constitutionnelle d’écarter les règles qui permettent de lui interdire l’entrée en Roumanie, mais il a construit son argument sur un scénario qui ne se retrouvait pas dans son dossier. La Cour a rejeté l’exception comme irrecevable, sans l’examiner au fond. La Décision n° 764 du 11 décembre 2025, publiée mardi au Journal officiel de la Roumanie, est la deuxième du même jour par laquelle la Cour refuse d’analyser une exception pour un vice de construction, après celle concernant les droits de timbre judiciaires du contentieux administratif. Toutes deux renvoient au même repère, fixé il y a quinze ans.
Les textes attaqués sont deux alinéas de l’ordonnance d’urgence du Gouvernement n° 194/2002 relative au régime des étrangers en Roumanie, republiée au Journal officiel de la Roumanie n° 421 du 5 juin 2008. Le premier, l’article 1063 alinéa (2), dit qui prononce l’interdiction d’entrée et dans quelles situations. Le second, l’article 1064 alinéa (8), fixe la durée pour une catégorie particulière.
L’auteur de l’exception, Alejandro Daniel Anton, l’a soulevée dans un dossier de contentieux administratif pendant devant la Cour d’appel de Bucarest, VIIIe chambre du contentieux administratif et fiscal, ayant pour objet un litige relatif au régime des étrangers.
Les effets concrets
Ce que disent concrètement les deux textes. L’article 1063 alinéa (2) prévoit que l’interdiction d’entrée en Roumanie est prononcée par l’Inspection générale pour l’immigration ou par les services de la police aux frontières y compris lorsque l’étranger n’a pas fait l’objet d’une mesure d’éloignement, ainsi qu’à l’encontre des étrangers visés à l’article 8 alinéa (1) lettres b) à d) et à l’article 8 alinéa (2) lettres a) à b1), ou qui ne remplissent pas les conditions de l’article 6 alinéa (1) lettre h). L’article 1064 alinéa (8) prévoit que, dans le cas des étrangers qui ont franchi illégalement ou ont tenté de franchir frauduleusement la frontière d’État, la durée de l’interdiction d’entrée est de 5 ans.
L’argument de l’auteur. Il soutenait que les textes portent atteinte à l’égalité devant la loi, parce que la personne expulsée ne peut pas bénéficier d’une série d’institutions du Code de procédure pénale : l’accord de reconnaissance de culpabilité, la procédure de reconnaissance de l’accusation, l’ajournement de l’application de la peine, le sursis à l’exécution de la peine sous surveillance et la réduction d’un tiers de la peine. Il ajoutait que l’expulsion d’une personne contre laquelle un procès pénal est en cours rend impossible l’accès à un procès équitable, le procès devant alors se dérouler en l’absence de l’inculpé, sans respect des principes de l’immédiateté, du contradictoire et de l’égalité des armes.
Pourquoi la Cour n’est pas arrivée au fond. Parce que le dossier dans lequel l’exception a été soulevée relevait du contentieux administratif, et non du pénal. La Cour a constaté l’absence de lien pertinent entre la motivation de l’exception et le procès pendant, qui a pour base légale l’article 1063 alinéa (5), c’est-à-dire précisément le texte relatif à la contestation de la mesure. L’auteur a déduit l’inconstitutionnalité en partant d’une situation hypothétique : celle où la personne expulsée aurait la qualité d’inculpé dans un procès pénal pendant devant les juridictions de Roumanie.
Les suppositions ne renversent pas la présomption de constitutionnalité. La Cour reprend, de la Décision n° 678 du 29 septembre 2020, paragraphe 129, la règle selon laquelle les critiques d’inconstitutionnalité doivent viser des actes, des faits ou des conduites actuels et déterminés. Les simples suppositions n’entrent pas dans le champ du contrôle de constitutionnalité. Le fondement du rejet est l’article 29 alinéa (1) de la loi n° 47/1992, qui exige que l’exception ait un lien avec la solution de l’affaire.
La voie de recours, rappelée par la Cour. Dans la motivation même du rejet, la Cour cite l’article 1063 alinéa (5) : la mesure d’interdiction d’entrée en Roumanie peut être contestée par l’étranger dans un délai de 10 jours à compter de la communication, devant la cour d’appel dans le ressort de laquelle se trouve l’unité qui a ordonné la mesure. C’est l’information la plus directement utile en pratique de toute la décision.
Aucune des autorités saisies n’a répondu. Les présidents des deux Chambres du Parlement, le Gouvernement et l’Avocat du Peuple n’ont pas transmis les points de vue demandés. La seule position exprimée en dehors de la juridiction de renvoi a été celle du ministère public, qui a lui aussi demandé le rejet comme irrecevable. La Cour d’appel de Bucarest, à la différence de ce qui s’est passé dans les autres dossiers du jour, a exprimé son opinion : elle a estimé l’exception non fondée.
Ce qui change par rapport à la situation antérieure
En droit, rien. Les textes restent en vigueur et la Cour ne s’est pas prononcée sur leur conformité à la Constitution. L’interdiction d’entrée continue d’être prononcée dans les mêmes conditions, et la durée de 5 ans pour le franchissement illégal de la frontière reste inchangée.
Ce qui se clarifie relève de la stratégie procédurale. L’exception d’inconstitutionnalité ne peut pas servir à contester, dans un dossier administratif, des conséquences que le texte produirait dans un éventuel dossier pénal. Le lien avec l’affaire pendante n’est pas une formalité, mais une condition de recevabilité : si la motivation porte sur une matière autre que celle dans laquelle le procès se juge, la Cour n’entre pas dans l’analyse.
La deuxième clarification concerne le recours à des situations hypothétiques. Un texte ne devient pas inconstitutionnel parce que, dans une combinaison de circonstances qui ne s’est pas encore produite, il pourrait engendrer un résultat inéquitable. La critique doit porter sur des faits actuels et déterminés.
Il vaut la peine d’observer que les deux décisions d’irrecevabilité publiées le même jour s’appuient sur le même repère, la Décision n° 1.313 du 4 octobre 2011, qui a fixé les trois éléments de toute exception : le texte contesté, le texte constitutionnel invoqué et la motivation du rapport de contrariété entre les deux. Seul diffère l’élément qui a manqué : là, la motivation elle-même, ici, son lien avec le procès.
Avantages et inconvénients
Ce que cela améliore
- La décision rappelle expressément le délai et la juridiction compétente pour contester l’interdiction d’entrée : 10 jours à compter de la communication, devant la cour d’appel territorialement compétente.
- Elle délimite clairement ce qui peut être discuté dans un dossier de contentieux administratif et ce qui ne peut pas l’être, ce qui aide à construire correctement une exception future.
- Elle confirme qu’un texte ne peut pas être attaqué sur la base de conséquences hypothétiques, ce qui protège la stabilité des normes contre les contestations spéculatives.
- La solution a été adoptée à l’unanimité des voix, sans opinion séparée.
- Le rejet comme irrecevable ne se prononce pas sur le fond, il ne bloque donc pas une exception future soulevée dans le bon dossier et motivée comme il convient.
Ce qui reste problématique
- La question soulevée par l’auteur reste sans réponse : la Cour n’a pas examiné si l’expulsion pendant un procès pénal porte ou non atteinte au droit à un procès équitable.
- De la saisine, en mars 2020, à la publication, en juillet 2026, plus de six ans se sont écoulés, pour une solution qui ne touche pas au fond.
- Aucune des autorités saisies, ni le Gouvernement, ni l’Avocat du Peuple, ni les présidents des deux Chambres, n’a transmis de point de vue, alors que la loi prévoit la communication de la décision de renvoi précisément à cette fin.
- La durée fixe de 5 ans pour le franchissement illégal de la frontière n’admet, d’après le texte cité, aucune individualisation en fonction des circonstances, et cet aspect n’a pas été examiné.
- Le délai de 10 jours pour contester est court pour une personne se trouvant hors du pays ou sans assistance juridique, et la décision n’aborde pas ce point.
Conseils pratiques
- Si vous recevez une décision d’interdiction d’entrée en Roumanie, calculez immédiatement le délai : vous disposez de 10 jours à compter de la communication pour la contester, conformément à l’article 1063 alinéa (5) de l’ordonnance d’urgence du Gouvernement n° 194/2002.
- La contestation se dépose devant la cour d’appel dans le ressort de laquelle se trouve l’unité qui a ordonné la mesure, et non devant n’importe quelle juridiction.
- Retenez que l’interdiction peut être prononcée même si vous n’avez pas fait l’objet d’une mesure d’éloignement. L’absence d’expulsion ne signifie pas l’absence d’interdiction.
- Si l’interdiction fait suite au franchissement illégal ou à la tentative de franchissement frauduleux de la frontière, la durée prévue par la loi est de 5 ans.
- Si vous soulevez une exception d’inconstitutionnalité, vérifiez d’abord que le texte attaqué constitue bien le fondement juridique de l’affaire dans laquelle vous vous trouvez. Sans ce lien, l’exception est irrecevable.
- Ne construisez pas la critique sur un scénario qui ne s’est pas produit. La Cour exige des faits actuels et déterminés, non des suppositions.
- Si un procès pénal est en cours en parallèle en Roumanie, discutez avec votre avocat des conséquences procédurales de l’éloignement du territoire dans ce dossier-là, et non dans le dossier administratif.
- Conservez la preuve de la communication de la décision d’interdiction. C’est de cette date que court le délai de 10 jours.
Questions fréquentes
La Cour a-t-elle dit que l’interdiction d’entrée est constitutionnelle ?
Qui peut prononcer l’interdiction d’entrée en Roumanie ?
L’interdiction peut-elle être prononcée sans mesure d’éloignement ?
Combien de temps dure l’interdiction pour franchissement illégal de la frontière ?
Comment contester la décision d’interdiction d’entrée ?
Pourquoi l’exception a-t-elle été rejetée ?
Que signifie le fait que la motivation reposait sur une situation hypothétique ?
La même exception peut-elle être soulevée de nouveau ?
Texte original de l’acte normatif
Le texte ci-dessous est reproduit en roumain, la forme officielle de publication.
Le texte intégral, tel que publié au Journal officiel de la Roumanie
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Cet article a un caractère purement informatif et ne constitue pas un conseil juridique. Pour des situations concrètes, consultez un avocat ou un conseiller fiscal agréé.
