L’essentiel
- Le délai dans lequel la Commission de la citoyenneté doit vérifier un dossier est passé de 5 mois à 2 ans par la loi n° 14/2025, et le nouveau délai s’applique aussi aux demandes déposées auparavant, encore en cours de traitement auprès de l’Autorité nationale pour la citoyenneté.
- La Cour constitutionnelle a rejeté, comme irrecevable, l’exception de onze demandeurs qui contestaient cette application immédiate. Irrecevable ne signifie pas conforme à la Constitution : la Cour n’a pas validé le texte, elle a constaté que le grief porte sur la manière dont les juridictions l’appliquent, et non sur le texte lui-même.
- Qui est concerné : toute personne dont la demande d’octroi de la citoyenneté ou de réintégration dans la citoyenneté roumaine a été enregistrée auprès de l’ANC avant mars 2025 et n’était pas encore tranchée à cette date. La décision est définitive et généralement obligatoire à compter du 24 juillet 2026.
Publié : Journal officiel de la Roumanie (Monitorul Oficial) n° 606 du 24 juillet 2026
Entrée en vigueur : 24 juillet 2026
Celui qui avait déposé son dossier de citoyenneté sous le régime du délai de 5 mois et attendait une réponse ne peut pas invoquer l’inconstitutionnalité pour échapper au nouveau délai de 2 ans. La Cour constitutionnelle a rejeté comme irrecevable l’exception soulevée par onze demandeurs dans autant de dossiers du Tribunal de Bucarest, deuxième section du contentieux administratif et fiscal, en relevant que leur grief porte sur la façon dont la juridiction a appliqué la loi, et non sur le contenu de celle-ci. La décision touche directement la communauté de demandeurs de République de Moldavie et de la diaspora, pour laquelle l’État roumain dispose aussi de programmes distincts de soutien au retour au pays. La décision n° 493 du 19 mai 2026 a été publiée au Journal officiel de la Roumanie n° 606 du 24 juillet 2026.
L’enjeu est un délai et ses conséquences procédurales. Avant la loi n° 14/2025, publiée au Journal officiel de la Roumanie n° 218 du 12 mars 2025, la Commission de la citoyenneté disposait de 5 mois pour vérifier que les conditions légales étaient remplies. Par l’art. I point 15 de la loi nouvelle, l’art. 15 al. (10) de la loi sur la citoyenneté roumaine n° 21/1991 prévoit désormais que le rapport de vérification est établi dans un délai maximal de 2 ans à compter de l’enregistrement de la demande au secrétariat technique de la Commission.
Le texte contesté est celui qui relie l’ancien régime au nouveau. L’art. XIV al. (2) de la loi n° 14/2025 dispose que les dispositions relatives à la procédure d’octroi de la citoyenneté s’appliquent aussi aux demandes enregistrées auprès de l’Autorité nationale pour la citoyenneté avant l’entrée en vigueur de la loi, si elles étaient encore en cours de traitement à cette date. Concrètement, les dossiers qui avaient déjà dépassé les 5 mois se sont retrouvés soumis à un délai de 2 ans.
La conséquence s’est vue immédiatement devant le juge. Les onze avaient assigné l’ANC pour refus de statuer sur leurs demandes dans le délai de 5 mois, certains 12 mois avant l’entrée en vigueur de la loi nouvelle. Des demandes identiques, déposées à la même période, ont connu des sorts différents : celles jugées avant mars 2025 ont été accueillies, celles jugées après ont été rejetées, au motif que le nouveau délai s’applique. Les auteurs de l’exception ont dénoncé précisément cet écart, en invoquant l’art. 1 al. (5), l’art. 15 al. (2), l’art. 21 et l’art. 52 al. (1) de la Constitution, ainsi que l’art. 6 de la Convention européenne des droits de l’homme.
Les effets concrets
Le premier effet est celui qu’il faut lire correctement. La solution est une irrecevabilité, non un rejet au fond. La Cour n’a pas dit que l’art. XIV al. (2) est conforme à la Constitution, mais que, telle qu’elle avait été formulée, la critique ne pouvait pas être examinée, parce qu’elle vise en réalité l’interprétation et l’application du texte par l’ANC et par les juridictions, selon les circonstances de chaque litige. Le fondement invoqué est l’art. 2 al. (2) et (3) de la loi n° 47/1992.
Le deuxième effet est procédural et immédiat. La décision est définitive et généralement obligatoire dès sa publication, et la même exception ne peut plus être soulevée, conformément à l’art. 29 al. (3) de la loi n° 47/1992. Les litiges dans lesquels les demandeurs sollicitaient que l’ANC soit contrainte de répondre en 5 mois se retrouvent privés de cet argument.
Le troisième effet est le plus utile en pratique : la Cour indique où il faut aller à sa place. Pour la solution rendue dans un dossier précis, il existe la voie de recours prévue à l’art. 19 al. (4) de la loi n° 21/1991. Pour la pratique divergente entre formations de jugement, la compétence appartient à la Haute Cour de cassation et de justice, à laquelle revient le rôle constitutionnel d’assurer l’interprétation et l’application uniformes de la loi, selon l’art. 126 al. (3) de la Constitution. Pour cette distinction, la Cour renvoie à la décision n° 393 du 18 juin 2020, paragraphe 25.
Le quatrième effet tient à la logique que la Cour confirme, même sans trancher le fond. Les règles de procédure nouvelles s’appliquent immédiatement, y compris aux situations en cours, comme expression du principe tempus regit actum. L’application immédiate n’est pas la même chose que la rétroactivité, et l’art. XIV al. (2) ne fait, dans la lecture de la Cour, que mettre en œuvre ce principe.
Le cinquième effet est une distinction que beaucoup de demandeurs manquent. L’art. XIV al. (1), qui n’a pas été contesté, dispose que, pour les demandes en cours de traitement, les conditions de fond de l’acquisition de la citoyenneté restent celles en vigueur à la date du dépôt de la demande. Seules changent donc les règles de procédure et les délais, et non les critères selon lesquels le dossier est apprécié. La même ligne entre procédure et fond traverse les licences minières : la Cour a jugé qu’une redevance relevée au milieu d’une licence n’est pas rétroactive.
Ce qui change par rapport à la situation antérieure
En droit, cette décision ne change rien. Ce qui change, c’est la position procédurale des demandeurs qui espéraient obtenir, par la voie constitutionnelle, le retour au délai de 5 mois pour leurs dossiers.
Le véritable changement est intervenu en mars 2025, avec la loi n° 14/2025, qui a réécrit en profondeur la loi sur la citoyenneté roumaine n° 21/1991, tant sur le plan des conditions de fond que sur celui de la procédure. Le passage de 5 mois à 2 ans pour le rapport de la Commission est, pour ceux qui attendent, la plus visible de ces modifications.
Le législateur a traité séparément les deux catégories de normes, et l’art. XIV est précisément l’article qui opère cette séparation. L’alinéa (1) protège les conditions de fond : les dossiers déposés antérieurement sont examinés selon les exigences en vigueur à la date du dépôt. L’alinéa (2) ne protège pas la procédure : les règles de procédure nouvelles s’appliquent immédiatement, y compris aux anciens dossiers en cours de traitement. Cette asymétrie, voulue par le législateur, est exactement ce qui a mécontenté les demandeurs.
Les auteurs de l’exception ont tenté de s’appuyer sur un précédent célèbre, la décision n° 88 du 27 février 2014, par laquelle la Cour avait établi que les délais de la loi n° 165/2013 sur la restitution des immeubles pris abusivement ne s’appliquent pas aux procès déjà pendants devant les juridictions. La Cour n’a pas repris l’analogie, faute d’être parvenue au fond de la critique.
Le Gouvernement avait conclu, à titre principal, précisément à l’irrecevabilité et, à titre subsidiaire, au caractère non fondé de l’exception. Le Tribunal de Bucarest, dans les onze affaires, avait estimé l’exception non fondée, en relevant que la non-rétroactivité concerne les situations définitivement constituées dans le passé, et non les situations juridiques en cours. Les présidents des deux chambres du Parlement et l’Avocat du Peuple n’ont pas communiqué de points de vue.
Avantages et inconvénients
Ce que cela améliore
- La décision indique clairement où le problème dénoncé se règle : devant la juridiction de contrôle, par la voie de recours de l’art. 19 al. (4) de la loi n° 21/1991, et devant la Haute Cour lorsque la pratique est divergente.
- Elle clarifie la distinction entre l’application immédiate de la loi nouvelle et la rétroactivité, l’une des notions les plus souvent confondues dans les litiges administratifs.
- Elle met en évidence l’art. XIV al. (1), qui reste une garantie réelle : les conditions de fond du dossier s’apprécient selon la loi en vigueur à la date du dépôt de la demande.
- S’agissant d’une solution d’irrecevabilité, elle ne crée pas de précédent validant le texte, de sorte qu’une critique mieux construite ou une intervention du législateur restent possibles.
Ce qui reste problématique
- L’écart signalé demeure intact : des dossiers identiques ont reçu des solutions opposées selon la date à laquelle la juridiction a statué, et la décision n’y remédie pas.
- Les demandeurs perdent près d’un an et demi sur ce seul parcours, entre la saisine de la Cour et la publication de la décision, un temps qui s’ajoute à l’attente dans le dossier de citoyenneté.
- Le renvoi à la Haute Cour est juridiquement correct, mais il suppose un pourvoi dans l’intérêt de la loi ou une saisine pour la résolution d’une question de droit, c’est-à-dire une procédure que le demandeur individuel ne peut pas déclencher seul.
- Le quadruplement du délai, de 5 mois à 2 ans, reste non examiné sur le terrain constitutionnel, alors qu’il est la source même du mécontentement.
- Pour les dossiers déjà hors délai au moment de l’entrée en vigueur de la loi nouvelle, le nouveau délai de 2 ans court toujours à compter de l’enregistrement de la demande : l’effet pratique est donc un report, non un redémarrage, ce que la décision ne détaille pas.
Conseils pratiques
- Vérifiez la date exacte à laquelle votre demande a été enregistrée au secrétariat technique de la Commission de la citoyenneté. C’est de cette date que court le délai de 2 ans, et non de celle où vous avez déposé les documents au guichet ou auprès de la mission diplomatique.
- Ne confondez pas les conditions de fond et la procédure. Selon l’art. XIV al. (1) de la loi n° 14/2025, les exigences que vous devez remplir sont celles en vigueur à la date du dépôt de la demande. Si l’ANC vous réclame un élément qui n’existait pas à ce moment-là, contestez ce point précis.
- Si vous avez une procédure en cours pour faire condamner l’ANC à répondre, voyez avec votre avocat comment déplacer l’argumentation. L’inconstitutionnalité ne peut plus être invoquée, mais le dépassement du délai de 2 ans lui-même, le silence de l’administration ou le manque de diligence restent des motifs de fait.
- Conservez la preuve de toute communication avec l’ANC, y compris le numéro d’enregistrement et les éventuelles demandes de complément de dossier. Ce sont les seuls éléments qui permettent de montrer, devant le juge, qui est à l’origine du retard.
- Si vous constatez des solutions contradictoires sur des affaires identiques, signalez-les par l’intermédiaire de votre avocat, avec les décisions correspondantes. La pratique divergente se règle par une saisine de la Haute Cour, et cela suppose que la divergence soit documentée.
- Ne déposez pas une nouvelle demande en espérant remettre le délai en discussion. Une nouvelle demande signifie un nouvel enregistrement, donc un nouveau délai de 2 ans qui repart de zéro.
Questions fréquentes
Qu’a décidé concrètement la Cour constitutionnelle ?
Pourquoi irrecevable et non pas non fondée ?
Cela signifie-t-il que le texte a été déclaré conforme à la Constitution ?
Ma demande a été déposée en 2023. Quel délai m’est applicable ?
Le délai de 2 ans repart-il de zéro ou court-il depuis l’enregistrement initial ?
À qui m’adresser si les juridictions rendent des solutions différentes sur des cas identiques ?
L’application immédiate de la loi nouvelle n’est-elle pas une forme de rétroactivité ?
À partir de quand la décision produit-elle des effets ?
Texte original de l’acte normatif
Le texte ci-dessous est reproduit en roumain, la forme officielle de publication.
Le texte intégral, tel que publié au Journal officiel de la Roumanie
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Cet article a un caractère purement informatif et ne constitue pas un conseil juridique. Pour des situations concrètes, consultez un avocat ou un conseiller fiscal agréé.
